Histoire de la Basilique

Gravure Ravel

Quelques dates importantes de l’histoire de l’église Notre-Dame de Genève, dédiée à l’Immaculée Conception.

L’enthousiasme pour l’église de Notre-Dame a été un trait marquant pour les catholiques du XIXe siècle. Ce XIXe siècle est souvent méconnu à cause de la complexité des événements qui s’y sont déroulés. Il faut évoquer la situation européenne et genevoise, celle de l’Église de Rome et, comme s’y enchâssant, l’évolution des catholiques de Genève.

Dès l’époque de la Réforme introduite à Genève en 1535, les catholiques se voient privés de leurs églises et de toute expression officielle d’une autre foi que celle de Calvin.

En 1801 un Concordat signé entre le Pape Pie VII et Napoléon oblige les autorités à tolérer l’existence d’une église catholique romaine sur le territoire de la Ville. Ce sera Saint-Germain et le curé de Genève sera l’abbé Jean-François VUARIN, un Savoyard qui aura une grande influence dans l’histoire du catholicisme à Genève. Loin de cesser ses revendications au départ des troupes françaises, cet ecclésiastique agit beaucoup pour sauvegarder la présence catholique en nos murs. Au Congrès de Vienne on négocie le rattachement de Genève à la Suisse. Cela aboutit à la création d’un canton qui devra respecter le culte et les coutumes des catholiques qui dépendront alors de l’Evêché de Chambéry. Mais le Pape Léon XII enlève le nouveau canton au diocèse de Chambéry et le rattache à celui de Lausanne, au grand désespoir du curé VUARIN qui aurait souhaité voir un évêque à Genève; l’abbé meurt en 1843 sans avoir vu son rêve se réaliser. Il aura toutefois jeté les bases sur lesquelles ses successeurs peuvent espérer construire une deuxième église à Genève et ce sera Notre-Dame.

En 1846, l’abbé DUNOYER, curé de Frangy, devient curé de Genève à St Germain. En 1847, le jeune nouvel abbé Gaspard MERMILLOD, âgé de 23 ans, est nommé vicaire du curé de Genève.

En 1850, après bien des tractations, l’Etat de Genève, sur proposition d’un de ses conseillers : James FAZY, fait don de terrains pour ériger des lieux de cultes pour les religions minoritaires. Ce sera Notre-Dame, sur l’emplacement des fortifications démolies à Cornavin, pour les catholiques, l'église russe pour les orthodoxes, la grande synagogue pour les israélites, l'actuel Sacré-Coeur pour ce qui fut d'abord un temple maçonnique et The Holy Trinity Church pour les anglicans.

Le curé DUNOYER et l’abbé MERMILLOD sont les constructeurs et fondateurs de Notre-Dame, première église catholique romaine bâtie dans notre ville depuis la Réforme, les travaux extérieurs commencent en janvier 1851 et se poursuivent jusqu’en 1857.

De  1851 à 1857, l’abbé Gaspard MERMILLOD, prédicateur de grand talent, part à Paris, à Rome, puis dans toute l’Europe afin de recueillir des fonds pour l’édification de Notre-Dame. L'abbé RINDERKNECHT fait de même dans les pays germanophones d’Europe.

Le Pape Pie IX souhaite rencontrer l’abbé Mermillod à plusieurs reprises et le Saint-Père est le premier souscripteur sur la liste des donateurs en faveur de notre église. Il remet 1’000 écus en janvier 1851. Notre abbé est, en cette période troublée, un ultramontain convaincu.

 L’architecte Alexandre GRIGNY, d’Arras, est chargé de réaliser des plans pour notre église Le bâtiment serait de style néo-gothique. Grigny dessine aussi le mobilier, la chaire et les stalles conçues en plein bois et d’une facture remarquable.

 Le 8 septembre 1852 Fête de la Nativité de la Vierge Marie : bénédiction de la première pierre.

Le 4 octobre 1857, après bien des épreuves et des difficultés, Notre-Dame, qui est loin de son achèvement, voit l’abbé DUNOYER célébrer la première messe lors de la bénédiction de l’édifice. L’abbé Gaspard MERMILLOD  est nommé premier recteur, puis administrateur de la nouvelle paroisse. Il y avait  322 ans que la messe n’avait pas été célébrée sur la rive droite de Genève.

Le 8 septembre 1859, l’abbé Mermillod a la joie de voir la consécration de son église à l’Immaculée Conception, de l’autel majeur et de celui de la Sainte Vierge, en présence de nombreux prêtres et de plusieurs évêques venus de France voisine.

Le jeune recteur de Notre-Dame, retourne prêcher l’Avent  à Rome en décembre 1859. Il obtient des audiences auprès du Pape Pie IX: il est accueilli à bras ouverts. L’abbé Mermillod apporte une photo de sa nouvelle église au Saint-Père. Ce dernier souhaite faire un cadeau et notre abbé suggère le don d’une statue. Alors Pie IX offre à notre abbé la statue de Notre-Dame, statue qu’il aime beaucoup et qu’il prie chaque jour dans sa bibliothèque particulière. Elle lui a été offerte par des artistes romains, dont celui qui apposa son nom au pied de notre statue : Forzani, probablement élève du célèbre Pietro Tenerani, à l’occasion de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854.  Le Pape dit: « J’y tiens beaucoup, cependant par elle, je veux prendre possession de Genève. J’entends ainsi reconnaître l’effort magnifique d’un petit peuple uni pour l’érection d’un sanctuaire à la Sainte Vierge ».

La statue arrive à Genève en la fête de Saint François de Sales le 29 janvier 1860 avec une bénédiction papale qui est donnée dans toutes les églises du canton.

Le dimanche 5 février 1860 a lieu l’intronisation de la statue dans la chapelle de la Vierge, et l’on  va prononcer la formule de consécration du canton à la Sainte Vierge et adresser à trois reprises, ce vocable à Marie:

 “Notre Dame de Genève, priez pour nous !”

 statue ND

La richesse artistique de notre église tient surtout à la beauté de ses vitraux.

 Les premiers vitraux, de Claudius LAVERGNE sont posés de 1857 à 1875, les autres après le retour de l’église à la communauté catholique romaine dès 1912. Les artistes Alexandre CINGRIA, Maurice Denis, Charles Brunner, Gherri Moro, Théodore Strawinsky, Paul Monnier et Jean-Claude Morend vont successivement contribuer à enrichir la beauté de notre église.

vitrail 1    vitrail 2  vitrail 3

De 1860 à 1873 se succèdent des solennités auxquelles sont conviés tous les fidèles du canton et de la ville.

 En 1863 le clergé de Notre-Dame prend possession du presbytère  construit par les soins de l’abbé Mermillod.

Après des années paisibles, sous la direction du curé Mermillod, la vie harmonieuse est rompue par l’orage du Kulturkampf et de son anticléricalisme, dans les années 1870 à 1880.

Le 25 septembre 1864, le Pape Pie IX, à Castel Gandolfo, sacre le curé Gaspard  Mermillod évêque d’Hébron et auxiliaire de Genève. Au début, le Conseil d’Etat de Genève ne s’émeut guère, mais peu à peu la situation se détériore et dès 1870, c’est l’affrontement entre Mgr Mermillod et le politicien Antoine Carteret. Avec l’interdiction d’une scolarité religieuse, la limitation des ordres religieux, l’interdiction de tout acte religieux sur la voie publique et même l’incarcération d’ecclésiastiques rétifs.

Le 2 février 1873 un bref pontifical nomme Mgr Mermillod vicaire apostolique de Genève. Mais le Gouvernement refuse de le reconnaître  comme tel.

Et le 17 février 1873, Mgr Mermillod est arrêté en son église, expulsé du territoire de la Confédération et conduit à la frontière française, contraint à l’exil.

Et vinrent des années difficiles.

En 1875 l’église Notre-Dame est confisquée et livrée au culte schismatique vieux-catholique.

Presque toutes les églises catholiques romaines du canton sont réquisitionnées au profit des catholiques séparés de Rome.

Dès 1876 une chapelle provisoire, dite de la persécution, abrite les offices catholiques romains. Puis c’est dans les locaux de la rue des Pâquis que se déroule la vie paroissiale de Notre-Dame durant le long temps de l’exil.

D’âpres discussions se poursuivent à Genève avec le Gouvernement et finalement, la période étant à l’apaisement, la promesse est faite en 1907 de rendre Notre-Dame aux catholiques romains. Mais il faut attendre encore puisque la restitution ou plutôt le rachat de Notre-Dame n’a lieu qu’en 1912, moyennant une somme de 200'000 francs.

Le 8 mai 1912: reddition des clés de Notre-Dame aux catholiques romains.

Le 16 juin 1912: rentrée solennelle des paroissiens dans leur église.

Les travaux de restauration peuvent commencer et vont durer jusqu’en 1925 sous la responsabilité de l’abbé DUSSEILLER  puis de l’abbé VOGT, curés.

Le 23 mai 1937 en la fête de la T.S. Trinité: couronnement solennel de la statue de Notre-Dame de Genève.

En 1954 on décide de demander au pape Pie XII le titre de basilique pour notre église. Cette supplique signale au pape que notre église a dû être la première au monde à avoir été dédiée officiellement à l’Immaculée Conception sitôt après la proclamation du dogme.

Le 5 décembre 1954: journée mémorable de l’érection de l’église Notre-Dame en basilique mineure. “L’ombrellino” et le”tintinnabulum” insignes de toute basilique prennent place dans le choeur de notre église et la devise de l’édifice est choisie : « Nuntia Pacis » « Messagère de Paix ».

En 1966 le presbytère est vendu à la Ville de Genève qui souhaite transformer le quartier de la gare Cornavin et la paroisse décide d’acquérir un immeuble à la rue Argand toute proche. Ce bâtiment va servir de cure et comporter de nombreuses salles paroissiales.

Dès 1978: début de la réfection extérieure, puis intérieure de la basilique selon les plans de l’architecte Jacques MALNATI. Mise en place des œuvres du nouveau mobilier liturgique créé par Jean-Michel BOUCHARDY et Dominique BOVY.

Financement en partie par les autorités municipales, cantonales et fédérales qui ont classé la basilique parmi les bâtiments historiques et par la Fondation Notre-Dame et la communauté catholique genevoise. En septembre 1980 grande manifestation en faveur de la restauration de la basilique : “Les Parvis de Notre-Dame”.

Consécration du nouvel autel lors de la messe marquant la fin des travaux de restauration, le  samedi 1er novembre 1986.

Des travaux de restauration des chapelles sont entrepris au seuil de l’an 2000.

Le 8 décembre 2004: célébration solennelle pour commémorer le 50e anniversaire de l’érection de notre église au rang de basilique mineure.

L’évêque auxiliaire, Mgr Pierre Farine, dit alors: «Chaque catholique romain de Genève a deux paroisses: la sienne et Notre-Dame » ! 

 Dans le cadre du 150e anniversaire de l’édification de notre église, célébré, du 15 août au 8 décembre 2007, nous avons eu la joie d’accueillir, pour la messe solennelle du 7 octobre 2007, notre troisième cardinal genevois, S.E. Georges COTTIER, O.P. pro-théologien émérite de la Maison pontificale.

 Les 6 septembre 2009, nous avons célébré le 150e anniversaire de la consécration de notre église à l’Immaculée Conception en présence de notre évêque diocésain, Mgr Bernard GENOUD.

Le 6 février 2010, nous vivions dans l’allégresse et en présence du Nonce apostolique en Suisse venu de Berne, Mgr Francesco CANALINI, le 150e anniversaire de l’intronisation de la statue de Notre-Dame de Genève dans la chapelle de la Vierge Marie Immaculée.

 De 2012 à 2014 la Basilique Notre-Dame a subi la restauration totale de ses façades extérieures et le nettoyage complet de son intérieur.

 

La Basilique Notre-Dame n’a jamais été aussi belle et nous pouvons en rendre grâce !

 

 

Texte rédigé par une paroissienne engagée, qui a eu accès aux archives de Notre-Dame de Genève. Archives très riches  qui témoignent de  plus de 150 ans de la passionnante histoire de notre église et de l’intérêt des successeurs de Pierre pour l’Eglise à Genève.

 

                                                   Anne Roch-Delmas

 

                                                                                 

Références :

  • Les archives de la paroisse : nombreux manuscrits, livres et souvenirs de Gaspard Mermillod.
  • Les originaux de lettres et documents divers du Vatican.
  • Les notes diverses des curés de la paroisse.
  • « Le Cardinal Mermillod » un pavé de 800 pages de  Mgr Jeantet 1906
  • « L’EGLISE CATHOLIQUE DE GENEVE » Ed.Ganter
  • « Fils de leurs œuvres » Théodore de la Rive,  Genève
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