PLUIE NOIRE

Séance : jeudi 3 mai à 14h00

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L'histoire

Le 6 août 1945, la première bombe atomique tombe sur Hiroshima. Shigematsu et son épouse ont survécu à l’explosion, mais ont été exposés aux radiations. Leur nièce Yasuko, elle, a été touchée par la « pluie noire » radioactive. Cinq ans plus tard, tous semblent avoir repris le cours normal de leur vie dans un petit village de campagne. Mais sous les apparences paisibles, rien n’est plus pareil. Les irradiés sont hibakusha, des pestiférés modernes, des morts en sursis ; Yasuko en particulier, en âge de se marier, est reléguée au banc de la honte. Sans pathos inutile, mais sans se voiler la face, Imamura filme les parias de la société japonaise, et son plus grand traumatisme.

Le point de vue de Briana Berg

Imamura s’attaque à un sujet éminemment tabou au Japon - l’humiliante défaite, le choc traumatique d’Hiroshima, en braquant le projecteur sur l’angle mort : les victimes de cette bombe à retardement. Le réalisateur examine minutieusement ses répercussions humaines sur le long terme : une lente destruction, presque imperceptible, physique, intérieure et sociale. Le cadre est serein, presque hors du temps ; l’image sobre, en noir et blanc, crée un effet documentaire. Entre deux échanges comiques, le réalisateur enfonce le clou à bas bruit: les enterrements se succèdent, Yasuko est rejetée tour à tour par tous ses prétendants, les traumatisés sont mis à l’écart. Sous des atours bucoliques, le lieu est hanté : ce sont les soubassements de la psyché japonaise. Qu’est-ce que l’apocalypse, si ce n’est une société qui s’attache à gommer le souvenir même du cataclysme en effaçant ses victimes ?

L'auteur

Shôhei Imamura (1926-2006) est l’un des grands réalisateurs de la « nouvelle vague » japonaise. En 27 films, il livre une œuvre hautement personnelle, étonnante, aux tons anthropologiques. Il se fait d’emblée remarquer pour ses sujets dérangeants et son goût du réalisme. De faits divers en mythes, il passe la société japonaise au crible, décortiquant la mentalité et les traditions nippones. La force des femmes est souvent au centre de ses récits. Il fonde sa propre maison de production et ouvrira une école de cinéma en 1974. Il est l’un des rares cinéastes à obtenir deux Palmes d’or au festival de Cannes, pour La ballade de Narayama (1983) et L’anguille (1997) ; son merveilleux De l’eau tiède sous un pont rouge manqua d’en récolter une 3e.

Citation

« À la base de mes films, il y a effectivement toujours une solide recherche documentaire. J'essaie toujours de remonter aux faits, et à partir de cette recherche factuelle j'arrive à dégager une sensibilité, des émotions qui me permettent d'élaborer un drame.» – Shôhei Imamura, erudit.org

1989, 123 minutes, Japon, noir et blanc, VO J – ST F
Réalisation : Shôhei Imamura, Toshirô Ishido, d’après le roman homonyme de Ibuse Masuji
Photographie : Takashi Kawamata
Musique : Tôru Takemitsu
Interprétation : Yoshiko Tanaka (Yasuko), Kazuo Kitamura (Shigematsu, l’oncle de Yasuko), Etsuko Ichihara (Shigeko, la tante)