LES HARMONIES WERCKMEISTER

Séance : mercredi 2 mai à 14h00

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L'histoire

Dans une petite ville anonyme, perdue au fin fond de la Hongrie, un facteur naïf, János Valushka, fait le lien entre les habitants désœuvrés, rendant service et discutant philosophie avec qui veut l’écouter. Arrive un cirque itinérant, transportant un gigantesque animal marin empaillé, accompagné d’un prince qui n’apparaît jamais. János est fasciné ; il voit dans cette bête mythologique un signe divin. Avec le cétacé remonte à la surface ce qui dormait dans le tréfonds des cœurs. De rumeurs en conflits, la ville se déchaine, des émeutes éclatent, tandis que János court pour tenter d’éteindre les feux de la discorde.

Le point de vue de Briana Berg

La scène d’ouverture des Harmonies Werckmeister, dans laquelle l’innocent János met en scène une éclipse solaire à travers la lente danse des planètes interprétée par les clients du bar local, est parmi les plus saisissantes du cinéma. Ce long plan séquence, dans lequel le temps se dilate, où il ne se passe pas grand-chose mais où tout est cependant fondamental, pose d’emblée un espace-temps mythologique. Présence à part entière, la musique poignante de Mihály Vig donne une dimension profondément cosmique au film. Tout comme l’harmonie musicale a été faussée par les principes de Werckmeister selon le musicologue Eszter, l’uniformisation des masses a étouffé l’harmonie humaine et fait ressurgir sa violence fondamentale. Un conte sur la quête de la lumière au sein de l’obscurité et du chaos, dans lequel le regard porté sur les choses détermine leur luminosité.

L'auteur

Né en Hongrie en 1953, Béla Tarr développe sa propre expression exigeante du monde en 10 longs-métrages, passant d’un réalisme social à une expressivité épurée. L’émulation du cinéaste hongrois Micklós Jancsó, puis la découverte de Fassbinder, vont en particulier marquer les nuances de son cinéma. Proche du style de Tarkovski, il en diffère par une caractéristique essentielle : Tarr est athée, et l’espoir qui traverse chaque film du maître russe est ici contré par une vision plus pessimiste de la nature humaine, bien que toujours cosmique. La rencontre du romancier László Krasznahorkai, que Susan Sontag a appelé le « maître de l’Apocalypse », sera décisive. Il devient le scénariste de tous les films de Tarr. En 2011, le réalisateur déclare que L’Homme de Turin sera son dernier film : il a dit tout ce qu’il avait à dire et ne tient pas à se répéter. 

Citation

« Ce n'est pas un cinéma qui en appelle à l'intellect, mais à l'émotion. Les gens pensent que lenteur équivaut à ennui, mais la longueur des plans vise d'abord à conduire le spectateur vers un certain état d'âme. »  – Béla Tarr, Télérama.

2001, 145 minutes, Hongrie – France – Allemagne - Italie, VO H – ST F
Réalisation : Béla Tarr
Scénario : Làszlò Krasznahorkai, Béla Tarr
Photographie : Patrick de Ranter
Musique : Mihäly Vig
Interprétation : Peter Frit (Gyorgy Eszter), Lars Rudolph (Janos Valuska), Hana Schygulla (Tunda Eszter)
Production : 13 Productions / Arte France / Fondazione Montecinemaverita