LE SACRIFICE

Séance : dimanche 6 mai à 17h00

Débat : LE SACRIFICE ET LE LIVRE DE L’APOCALYPSE

Invité : Jean-Bernard Livio, Jésuite – bibliste

Modérateur : Patrick Bittar

Avec le soutien de la Revue

 

L'histoire

Alexandre (Erland Josephson), ancien acteur et auteur dramatique, vit retiré du monde avec sa famille. Il va en compagnie de son fils, petit garçon (Tommy Kjellqvist), planter un arbre mort qu’ils devront arroser quotidiennement selon une vieille tradition religieuse. Le jour de son anniversaire, Alexandre est entouré par sa famille et ses amis. Soudain : des bruits d’avions à réaction, des objets qui tombent à terre, une déclaration officielle à la télévision, tout indique qu’une guerre atomique a commencé. Alexandre fait le vœu de sacrifier ce qu’il a de plus cher pour sauver les siens. Son ami Otto (Allan Edwall) lui souffle la solution : il lui fait aimer Maria (Gudrun Gisladottir), à qui l’on prête des pouvoirs surnaturels. Alexandre s’exécute…

Le point de vue de Bertrand Bacqué

Le contexte apocalyptique du film est sans doute, pour Tarkovski, métaphorique, même si la peur d’une destruction de l’humanité est encore bien présente en ce milieu des années quatre-vingt. Que serions-nous prêts à sacrifier pour sauver nos proches d’un cataclysme imminent ? Il s’agit d’abord, pour le cinéaste russe, de se tourner vers Dieu, d’opérer une véritable conversion, qui suppose dépouillement et abandon. Une kénose, en termes théologiques. Dès lors, tout, dans le parcours d’Alexandre, est symbolique, de la nuit passée avec Maria, la sorcière, au sacrifice de la maison tant aimée. Ici, le sacrifice ne sera pas vain, il permet la renaissance, comme le prouve le plan final du Sacrifice.

L'auteur

Fils d’un grand poète, Andreï Tarkovski (1932-1986) opte pour le cinéma après avoir envisagé la musique et la peinture. Il suit le cursus de la grande école de cinéma de Moscou, le VGIK, entre 1956 et 1960. Son premier long métrage, L'Enfance d'Ivan (1962), salué par Jean-Paul Sartre, remportera le Lion d’or à Venise. Mais c’est avec Andreï Roublev (1966), prix de la Critique internationale en 1969 à Cannes, qu’il affirme son style inspiré de la tradition des icônes. Les responsables communistes critiqueront ce parti pris élitiste et mystique, et il ne pourra réaliser au total que sept longs métrages. À partir de 1980, il quitte son pays ; Nostalghia (1983) est tourné en Italie, Le Sacrifice (1985) – son dernier film – en Suède ; ils restent aussi profondément russes que les autres.

Citation

« C'est à travers un sacrifice que se fait le passage vers le nécessaire “ressourcement” personnel, à travers une offrande de soi-même. Le Sacrifice est, en effet, aussi un film d'amour dans lequel Tarkovski s'efface, en laissant à son fils le soin de faire renaître la vie. Le dernier plan le montre. Il laisse une impression bouleversante. Celle d'avoir vécu au rythme d'un chef-d'œuvre. » Jury œcuménique, 1986.

1986, 149 minutes Suède – France – Royaume-Uni VO S – ST F
Réalisation et scénario : Andreï Tarkovski
Photographie : Sven Nykvist
Musique : Bach (Passion selon saint Matthieu)
Interprétation : Erland Josephson (Alexander), Suzan Fleetwood (Adélaïde), Valérie Mairesse (Julia)
 Production : Svenska Filminstitutet, Argos Films, Film Four International