LA SEMENCE DE L'HOMME

Séance : mercredi 2 mai à 17h00

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L'histoire

Survivants d'une étrange «peste» d'origine inconnue qui décime la population, Dora et Cino prennent le large et trouvent refuge dans une maison au bord de la mer. Tels des naufragés, ils rêvent dans un premier temps d'un prochain retour à la civilisation. Tandis qu'il se met à en récupérer des vestiges pour une sorte de musée, elle s'occupe plus directement de leur survie et prend goût à leur nouvelle liberté. Bientôt, il manifeste le désir d'avoir un enfant, pour que l'humanité puisse perdurer. Mais elle s'y refuse, allant même jusqu'à écarter une possible «remplaçante». Cino décide alors de droguer Dora... 

Le point de vue de Norbert Creutz

L'un des films les moins connus de Marco Ferreri, La Semence de l'homme n'a rien d'un film mineur. C'est aussitôt après l'expérience radicale et nihiliste de Dillinger est mort que le cinéaste signe cette œuvre d'une grande beauté plastique - mais allégorique de quoi, au fait? Pour Michel Mahéo, auteur d'une monographie sur Ferreri, la question de la procréation s'y substituerait à l'impasse de la création alors que Ferreri se serait mis à douter de l'utilité du cinéma lui-même après 1968. Mais il y a d'autres interprétations possibles à ce récit apocalyptique centré sur les rapports entre les sexes. A noter, la présense d'Anne Wiazemski, la Mme Jean-Luc Godard de l'époque, disparue en 2017 peu après que Le Redoutable de Michel Hazanavicius, d'après ses mémoires, a évoqué de manière savoureuse le tournage de ce film.

L'auteur

Cinéaste inclassable, trop tôt disparu et aujourd'hui trop oublié, Marco Ferreri (1928-1997) est à compter parmi les grands auteurs du cinéma italien. Cet original qui se forma auprès d'Alberto Lattuada et débuta en Espagne franquiste se démarquera tôt de la «comédie à l'italienne» pour développer un style bien à lui de fables provocatrices, aux accents aussi bien poétiques que grotesques. «Anarcho-communiste» autoproclamé, l'auteur de La Grande Bouffe et Contes de la folie ordinaire (d'après Charles Bukowski) a ainsi réalisé une trentaine de ces fims anti-(bourgeois, capitalistes, phallocrates, etc.) mais également plus visionnaires, énigmatiques et profondément désespérés qu'ils n'en ont l'air.

Citation

«Le mal de vivre intime de Dillinger est mort explose ici à l'extérieur, se propage et conduit le couple de survivants dans une sorte de Jardin d'Eden où il répète des situations bibliques dans un paysages désert, tabula rasa d'une société de simulacres et d'une civilisation en ruines. La nouvelle Eve devine en la semence de l'homme celle de la destruction, dévoilant à son tour sa violence latente.» Niccolò Rangoni Machiavelli, www.spietati.it

1969, 113 minutes, Italie, VO I – ST F
Réalisation : Marco Ferreri
Scénario : Marco Ferreri & Sergio Bazzini
Photographie : Mario Vulpani
Musique : Teo Usuelli
Interprétation : Marco Margine (Cino), Anne Wiazemsky (Dora), Annie Girardot (L’étrangère)
Production : Poli Film