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    lundi 8 juin 2015

    Mgr Pierre Farine à 75 ans. Retour sur sa vie et son expérience d’évêque à Genève

    Mgr PFarineierre Farine, évêque auxiliaire à Genève depuis 1996, a fêter son 75e anniversaire le 31 mai 2015. Comme le veut le droit de l’Eglise, il présentera alors sa démission au pape François. Dans l'ECR Info du mois de mai, il revient sur sa vie et son expérience d’évêque à Genève. Avec une volonté et un désir: marcher jusqu’au bout.

    Q.: Mgr Farine, à quelques jours du 75e anniversaire de votre naissance et du 50e anniversaire de votre ordination sacerdotale pouvons-nous dire que vous êtes un homme heureux?

    Mgr Pierre Farine : Oui, je suis heureux parce qu’Il m’a aimé le premier. Je n’ai rien fait pour qu’il en soit ainsi. Et pourtant c’est ainsi. C’est un étonnement qui ne tarit pas en moi. Cet émerveillement me conduit à la joie, d’où ma devise: “Soyez toujours dans la joie du Seigneur”. C’est le Seigneur qui est source de joie et je bois à cette source.

    Q.: Votre ordination épiscopale a eu lieu le 20 octobre 1996. Quels souvenirs gardez-vous de cette journée? Et de celle de l’annonce de votre nomination ?

    PF: L’annonce de ma nomination par le pape Jean Paul II, le 6 août 1996, fut totalement inattendue. Je savais que j’étais sur la “liste”. Mais je connaissais aussi les deux autres noms. Ils étaient à mes yeux bien mieux placés que moi. D’où ma surprise.

    Je garde un souvenir très précis de mon ordination épiscopale. Saint François de Sales m’a accompagné durant toute la célébration avec cette phrase que lui-même rapporte au moment de son ordination épiscopale:” Dieu m’avait ôté à moi-même pour me prendre à lui et puis me donner au peuple”. Mais surtout, j’ai été impressionné par la foi et la présence chaleureuse de ma famille, des amis, de la famille diocésaine.

    Q.: Quelles étaient vos appréhensions à ce moment-là ? Lesquelles se sont réalisées?

    PF: Une seule question: la charge va-t-elle m’engloutir? Pourrais-je faire face? Qu’est-ce qui m’attend? Les premiers temps, j’étais persuadé que, même physiquement, j’allais sombrer. Je dois tout au Seigneur par l’intermédiaire pédagogique et attentif du délégué épiscopal d’alors, un ami, l’abbé Jean-Paul de Sury et de tous les autres que je ne saurais nommer et qui m’ont accueilli avec une parfaite amitié et charité.

    Mais d’autre part je me disais: ‘Bien fait pour toi. Tu as accepté la charge. Avance. Tu n’as pas le droit de te plaindre’. J’ai fait une découverte importante. Jamais je ne croyais que les forces du mal soient si puissantes, sournoises et si pernicieuses, même à l’intérieur de l’Eglise. Mais j’ai goûté, et maintenant encore, de façon indicible la douce rosée de Sa grâce.

    Q.: La charge épiscopale est lourde, mais variée pouvez-vous décrire vos principales activités?

    PF: J’ai toujours privilégié le ministère de la rencontre: rencontre du Christ dans la prière, la prière de l’Eglise, les sacrements, l’Eucharistie. C’est primordial. Avant de parler du Christ aux autres, il faut parler au Christ des autres.

    Rencontre personnelle avec les premiers collaborateurs de l’évêque: prêtres, agents pastoraux. Je tiens beaucoup à ce qu’ils soient en forme et aient de la joie et de l’enthousiasme. C’est un souci qui m’a habité tout au long de mon mandat, et que j’espère avoir pu remplir au plus juste.

    Rencontres riches dans le cadre des confirmations: ébloui par les lettres de demande de sacrement reçues à ce jour (environ 14’000, toutes lues avec attention.) Reconnaissant aux innombrables catéchistes prêtres et laïcs qui accompagnent les jeunes avec amour et compétence.

    Rencontres dans les réunions: Les réunions quelles qu’elles soient ne sont de loin pas toutes ‘fabuleuses’. Elles doivent concourir au seul objectif qui est de favoriser la rencontre des fidèles avec le Seigneur.

    Q.: A quoi ressemble une journée ordinaire d’un évêque auxiliaire? Une semaine?

    PF: A rien. Ce qui est constant, ce sont les heures de sommeil et les heures de prière.

    Q.: Après le décès de Mgr Genoud, vous avez été nommé administrateur diocésain. Une charge que vous avez occupée un peu plus d’un an, du 26 septembre 2010 au 11 décembre 2011. Qu’en retenez-vous ?

    PF: Ce n’est pas un, mais quatre diocèses. Quand le pape Paul VI recevait Mgr Mamie, il lui demandait: ‘Comment vont vos diocèses?’ C’est à mon avis ingérable. La personne qui est évêque diocésain est une espèce de PDG qui est partout et nulle part.

    A part ça être sans cesse plongé dans des diversités originales et enrichissantes a quelque chose de grisant. Mais je doute que cela serve beaucoup le peuple de Dieu. En négatif, je retiens que nous étions en période agitée par les problèmes de pédophilie dans l’Eglise. Et cela n’a été facile pour personne. On a beaucoup évoqué la souffrance des victimes, et c’est juste. Mais j’ai aussi pris conscience que ce fut une souffrance pour tout le monde.

    Q.: En début d’année, on a beaucoup parlé du redécoupage du diocèse et de l’éventualité d’un évêché à Genève? Quel serait pour vous l’intérêt d’un tel redécoupage? Les risques?

    PF: Genève raisonnablement a toutes caractéristiques pour être évêché… mais une consultation a été lancée par Mgr Morerod, attendons de voir ce qu’elle nous apprendra.

    Q.: Parmi vos nombreuses charges, quelles sont celles qui vous apportent le plus de plaisir? Et à l’inverse celles qui sont les plus contraignantes ? Pourquoi?

    PF: Je les aime toutes ou je finis par les aimer toutes. J’aime bien le principe de plaisir. Non pas un plaisir qui tourne autour de moi, mais le plaisir de savoir que l’on fait, ou du moins qu’on essaie de faire, la volonté de Dieu. Dans les situations les plus pénibles, il y a toujours un rayon de lumière, parfois comme un petit filon d’or dans de la boue. La petite espérance, c’est quand même quelque chose

    Q.: Le 31 mai 2015 sera une journée de fête pour l’Eglise de Genève à travers un Chemin de joie, partant de Champ-Dollon et allant jusqu’à Bernex (cf encadré).

    PF: Marcher, la vie est un pèlerinage. J’ai toujours aimé la marche. Je demande à Dieu de marcher jusqu’au bout. C’est une belle image pour notre Eglise.

    Q.: Et plus personnellement, ce sera le jour de vos 75 ans, que signifie cet anniversaire pour vous? Et en tant qu’évêque?

    PF: Merci Seigneur. Si je suis là, c’est que tout vient de lui.

    Q.: Une fois votre mandat d’évêque remis, qu’allez-vous faire?

    PF: Continuer à vivre en portant dans la prière et dans d’autres activités le diocèse de Lausanne Genève et Fribourg. Continuer le ministère d’une autre manière. Me mettre au service d’une ou plusieurs UP ou par un engagement dans la diaconie. C’est assez ouvert.

    Q.: Qu’auriez-vous envie de dire à votre successeur?

    PF: Confiance en Dieu, Confiance dans les autres. Veille à ce que l’Eglise vive dans l’harmonie. Tu es un tout petit maillon dans la chaîne de la transmission du message. Tiens fort. Si petit que tu sois, Dieu te donnera force et courage.

    Q.: Que pouvons-nous vous souhaiter pour ces prochains mois?

    PF: “Que je passe ma vie à passer en Dieu”, selon la prière du petit Placide.

     

    Propos recueillis par Guylaine Antille