Archives

Réinitialiser les filtres

Actualités

    mardi 27 février 2018

    Lettre pastorale pour le Carême de Mgr Morerod

    " L’Évangile qui continue » Diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg

    Lettre pastorale (lue lors des célébrations eucharistiques du week-end des 24 et 25 février 2018) 
     
    On demande, statistiques à l’appui, quel sera l’avenir  de l’Église  en  Suisse.  Tout d’abord, n’oublions pas que le Saint-Esprit ne suit pas les courbes graphiques. Ceci dit, le Saint-Esprit travaille aussi avec nous, et nous devons avec son aide essayer de discerner l’avenir de l’Église dans notre société.
    Presque tout le monde pense savoir ce qu’est le christianisme et ce qu’est l’Église. La perception varie un peu selon les générations. Parmi les plus âgés, on trouve à la fois des croyants convaincus et des personnes qui vomissent une Église perçue – dans  leur  jeunesse  –  comme  oppressante ;  ces  deux  attitudes  ont  été  en  partie transmises. En même temps, je vois des personnes qui découvrent la foi avec un étonnement  émerveillé,  et  souffrent  d’être  objet  de  dérision  parce  qu’elles  ne pensent pas comme tout le monde (le conformisme a changé de camp…).
    Prenons au sérieux ce qu’on nous reproche. Quand des personnes me disent, avec des exemples terribles, que dans leur enfance le village était esclave du curé, je ne peux  que  les  croire,  certes  sans  généraliser.  L’Église  est  souvent  perçue  comme une instance obsédée par la morale, qu’elle veut imposer aux autres alors que ses représentants ne la vivent pas.
    Où  est  donc  le  problème ?  Notre  religion  est-elle  mauvaise ?  Pour  répondre  à cette   question   il   faut   d’abord   regarder   le   modèle,   à   savoir   le   Christ.   Est-il mauvais ?  J’ai  été  frappé  de  voir  un  quotidien  français  mettre  en  couverture  un rosaire avec le grand titre : « Au secours, Jésus revient ! »(1). Il reste qu’en général, si on regarde Jésus dans l’Évangile, il suscite un intérêt positif aussi chez les non- chrétiens.  Et  si  Jésus  est  rejeté  maintenant,  est-ce  à  cause  de  lui  ou  à  cause  de l’image  que  nous  donnons  de  lui ? 
     
    En  1965,  le  concile  Vatican  II  pouvait  dire :
    « Dans cette genèse de l’athéisme, les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie  religieuse,  morale  et  sociale,  on  peut  dire  d’eux  qu’ils  voilent  l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent »(2). Jean-Paul II a repris ce thème dans ses demandes de pardon de l’an 2000(3).
    Il  est  toujours  juste  de  nous  dire   que  nous  ne  reflétons  pas  suffisamment l’Évangile  que  nous  prêchons.  C’est  d’ailleurs  même  pour  cela  que   nous  le prêchons :  nous  nous  plaçons  devant  l’Évangile  en  étant  bien  conscients  de  la nécessité de nous y convertir nous aussi et en demandant la grâce de Dieu pour nous y aider. Voilà notre programme : devenir davantage semblables au Christ, car être chrétien c’est « être du Christ ». Pour cela il faut le connaître, et nous savons comment il nous permet de le connaître, ce qui est une Bonne Nouvelle.
    Un  prêtre  âgé  m’a  ému  en  me  disant :  « Je  suis  insomniaque.  Heureusement, comme ça je peux lire l’Évangile pendant la nuit. Je ne connais rien de plus beau ». Une étudiante, qui a découvert l’Évangile grâce à des amis, m’a expliqué son désir du  baptême  dans  ces  termes :  « Je  lis  l’Évangile,  je  vois  Jésus,  je  l’aime,  je  veux être avec lui ». J’espère très vivement que chaque chrétien ait pu goûter une telle expérience (4)  :  quand  on  lit  l’Évangile,  on  voit  la  personne  de  Jésus,  on  veut  être avec lui, et on y revient sans cesse. C’est ainsi que l’on peut percevoir la valeur des moyens que Jésus nous donne pour être avec lui, notamment les sacrements et la communauté chrétienne.
     
    La morale arrive dans un deuxième temps, car quand on aime Jésus, on aime les personnes qu’il aime et pour qui il a donné sa vie. La morale chrétienne découle de notre relation avec Dieu, elle ne la précède pas. Lorsque nous parlons de notre foi, commençons par la relation avec Dieu, c’est ce qui est central. Mais le reste doit  suivre,  et  on  découvre  qu’imiter  Jésus  est  exigeant.  Je  me  souviens  de  ce qu’on  m’a  dit d’un prêtre le jour  de son  enterrement :  « Quand  on le  voyait, on voyait Jésus ». Voilà notre programme…
     
    Au début de ce Carême, nous avons pu recevoir des cendres avec par exemple ces paroles :   « Convertissez-vous   et   croyez   à   l’Évangile ».   Eh   bien,   la   première condition  pour  l’avenir  de  l’Église,  c’est  que  l’on  puisse  dire :  « L’Église,  c’est l’Évangile qui continue »(5). Nous cherchons des « recettes », des « stratégies ». La première stratégie, c’est de vivre l’Évangile, d’être avec le Christ, et d’être avec lui ensemble. Nous pouvons exprimer notre « stratégie » en empruntant les mots de Saint Pierre : « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean  6,68).  Cette  « stratégie »  est  celle  que  le  Fils  de  Dieu  nous  a  donnée  en venant  dans  notre  monde,  et  nous  pouvons  lui  faire  confiance.  Il  y  a  bien  des choses à organiser, évidemment. Mais avant de les organiser, convertissons-nous et croyons à l’Évangile. Si en nous on voit le Christ, l’avenir de l’Église sera assuré mieux que par n’importe quelle réorganisation.
    Si  quand  on  demande  « c’est  quoi,  l’Église ? »,  la  réponse  spontanée  devient « c’est l’Évangile qui continue », alors l’avenir ne sera pas notre problème.
     
    Mgr Charles MOREROD OP
    Février 2018
     
    1. Libération, 24 novembre 2016.
    2. Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes (7 décembre 1965), § 19.
    4. Par exemple dans les groupes de lecture de l’Évangile à la maison.
     5. Charles Journet, L’Église et la Bible, Éditions Saint-Augustin, Saint-Maurice, 1960, p. 45. Cette phrase était la conclusion de ma première lettre pastorale, en 2012