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Que faire de nos églises ?

Pour des lieux de culte adaptés à une pastorale contemporaine 1

Genève n’échappe pas aux réflexions en cours sur l’utilisation ou la réaffectation des églises : à l’heure où les églises ont tendance à se vider, la nécessité de créer de nouveaux lieux de culte s’impose en plusieurs lieux pour à la fois répondre aux besoins d’une pastorale qui a profondément évolué depuis plusieurs décennies et, de plus, offrir aux paroisses les moyens de pérenniser leur mission en les affranchissant des soucis générés par des charges financières qui ne sont plus supportables.

Dans le canton, plusieurs paroisses ont des projets de remplacement de leur église par une nouvelle, modulable et adaptée à notre temps. Notamment deux, qui pour l’heure n’ont pas encore obtenu une autorisation : Sainte-Jeanne-de-Chantal, à l’avenue d’Aïre, Genève et Saint-Pie-X, au carrefour du Bouchet, sur la commune de Vernier.

Sainte-Jeanne-de-Chantal a été bâtie dans les années 1968-1969. « A l’époque, face à l’importante immigration catholique issue de cantons comme Fribourg et le Valais, ainsi que de pays comme l’Espagne, l’Italie et le Portugal, il était communément admis que chaque commune devait bénéficier d’une église, au même titre que d’une école », faisait valoir le conseil paroissial dans un courrier du mois de mai 2016 adressé au Département de l’Aménagement, du Logement et de l’Energie du canton. Il était également rappelé que cette église, comme tant d’autres, avait été prévue pour un nombre important de fidèles et de prêtres, ainsi que pour des manifestations de grande ampleur comme des premières communions, des confirmations, de grandes célébrations annuelle ou encore des fêtes paroissiales. Entretemps, le bâtiment est devenu trop vaste pour une communauté qui ne compte aujourd’hui qu’une centaine de personnes pratiquantes. Parallèlement, la situation financière de la paroisse s’est considérablement dégradée qui a conduit, à ce jour, à l’impossibilité de faire face tant aux charges courantes (chauffage, électricité, nettoyage) qu’à l’entretien et aux réparations du bâtiment et encore moins à celles d’une rénovation d’ensemble. « Au rythme actuel du déficit que présentent nos comptes, nous serons en faillite dans trois ans », était-il souligné dans ce courrier. Il était par ailleurs précisé que le bâtiment avait été conçu et réalisé avant le premier choc pétrolier, c’est-à-dire sans isolation, avec des vitrages simples, des volumes immenses ainsi que des installations de chauffage peu performantes. Au fil du temps, des infiltrations d’eau provenant de la toiture se sont manifestées, la carbonatation et les fissurations du béton sont apparues, sans compter le décollement des étanchéités et la problématique de l’amiante. Malgré ce constat plutôt sombre, il est apparu que la présence d’un lieu de prière et de culte était ressenti comme nécessaire dans le quartier. Aussi, la paroisse, avec l’aide de l’ECR-GE2, a souhaité adapter le bâtiment en taille et en qualité au nombre des fidèles. Par ailleurs, la réalisation d’un immeuble de logements et d’activités a été envisagée pour financer durablement le fonctionnement de la paroisse dans le futur.

C’est ce qui d’ailleurs vient d’être réalisé par la paroisse de Sainte-Clotilde, à Plainpalais – La Jonction, où sur deux terrains attenants utilisés comme parkings, le premier appartenant à la paroisse et le second à la Ville de Genève qui a accordé un droit de superficie à la paroisse, vient d’être édifié un immeuble de 46 logements et d’une surface commerciale destinée à abriter, au rez, une structure du Service de la petite enfance de la Ville de Genève. A Sainte-Jeanne-de-Chantal, l’opportunité serait de réaliser 80 logements, d’un centre paroissial avec une nouvelle église et d’un lieu de vie ouvert, au centre du quartier et de ses activités. Ce projet passe par la démolition de l’église existante, puisque vétuste et obsolète. En dépit du fait que l’on déplore très régulièrement un manque drastique de logements dans le canton et qu’on invoque par ailleurs les impératifs d’aménagement du territoire édictés par la Confédération qui préconisent une densification de la ville, le projet reste en souffrance, une ouverture de procédure d’inscription de l’église à l’inventaire ayant été la réponse du  Service des Monuments à  la demande de démolition du bâtiment.

A Saint-Pie-X, l’avenir ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices car elle vit aussi principalement des dons de ses paroissiens. La vétusté de l’église et de ses locaux, son surdimensionnement par rapport aux besoins actuels rendent nécessaire la réalisation d’une nouvelle église avec un nouvel espace modulable. Un nouvel espace qui permettrait également à la paroisse de repartir sur des bases financièrement saines dans la mesure où la construction d’un immeuble de 80 logements est prévue dans le projet de réaménagement du bâti. Mais là encore, il se trouve que le Service des monuments et des sites a jugé, à ce jour, l’église « intéressante », compromettant ainsi les chances de donner un nouvel élan à une paroisse en grande difficulté.

Néanmoins, la fermeture ou la suppression de lieux de culte ne doit constituer qu’un ultime recours et c’est pourquoi l’ECR-GE 2 apporte tout son soutien aux paroisses qui n’ont d’autres solutions pour poursuivre leur mission dans les quartiers et à proximité de la population que de faire preuve à la fois de créativité et de pragmatisme.

Etudiante en histoire de l’art à l’Université de Lausanne, Nathalie Annen remarque (dans un article intitulé « Eglise cherche affectation, pas sérieux s’abstenir – Transformations de temples en Suisse romande depuis 1960 ») que « les résistances émotionnelles peuvent être vives face aux changements ». Mais, poursuit-elle, « s’il est incontestable que des éléments patrimoniaux de valeur doivent être sauvegardés, les experts s’accordent sur la nécessité de faire preuve de pragmatisme et de faire le deuil d’objets à seule vocation cultuelle… Quand il s’agit de monuments protégés, l’essentiel est d’y apporter uniquement des modifications réversibles, suivant les recommandations de la Charte de Venise de 1964 sur la conservation et la restauration des monuments et des sites ».

Et de conclure « qu’il serait souhaitable, voire nécessaire, d’établir des critères et des procédures permettant une approche plus objective en la matière » car « la dichotomie entre la valeur d’usage… et la valeur historique… trouve aujourd’hui sa résolution dans un climat prudent, pour ne pas dire frileux… ».

Pascal Gondrand

1 Résumé du texte paru dans « Vie de l’Eglise », supplément genevois du magazine « l’Essentiel »-novembre 2017

2 Constituée en association, l’ECR-GE est le bras administratif et financier de l’Eglise catholique romaine à Genève

Le billet du vicaire épiscopale – Les 5 essentiels

Les 5 essentiels

Au cours de la session pastorale cantonale que prêtres et agents pastoraux allons vivre en ce mois de novembre, il sera question, entre autres, des « 5 essentiels » : prière, fraternité, service, formation et évangélisation. On les retrouve dans la vie de la première communauté chrétienne de Jérusalem (Actes 2, 42-47) ; ils sont nécessaires pour que la vie chrétienne se déploie et porte du fruit. Ainsi, dans notre vie comme dans chacun des groupes ecclésiaux auxquels nous participons, il est « essentiel » que :

  1. nous gardions toujours une place pour la prière et la rencontre personnelle de Dieu.
  2. nous vivions la communion fraternelle et la joie d’être ensemble.
  3. nous grandissions en nous donnant les moyens de nous former et d’apprendre.
  4. nous nous engagions selon nos capacités et nos charismes.
  5. nous annoncions la Bonne Nouvelle du Ressuscité.

Autrement dit, pour grandir et s’épanouir, nous avons besoin d’un cocktail de 5 vitamines
essentielles :

  • vitamine A de l’Adoration par la prière, la louange, la célébration.
  • vitamine B d’une Belle communauté où se vit l’accueil, le soutien, la fraternité.
  • vitamine C d’une Configuration au Christ par une formation continue.
  • vitamine D du Dévouement par le service de nos frères et sœurs.
  • vitamine E de l’Evangélisation en étant disciples missionnaires.

Je vous propose un exercice tout simple. Vous faites partie d’un conseil paroissial, d’un groupe de prière ou de lecture biblique, des lecteurs ou des fleuristes, etc. ? Regardez si vous vivez bien les 5 essentiels, et lequel il faudrait développer pour que votre groupe porte plus de fruits. Vous pourrez aussi repérer dans votre vie chrétienne si vous recevez bien les cinq vitamines essentielles et quelle serait celle qui pourrait manquer à votre croissance.

Abbé Pascal Desthieux, vicaire épiscopal

«Body Worlds»: encore quelques questions

Après plusieurs opinions tranchées relayées par les médias, je suis arrivé un peu nerveux à l’exposition. Est-ce que l’exposition Body Worlds est trop forte, voire obscène; montre-t-elle un manque de respect du corps humain, de la dignité de la personne humaine, comme me le disait une amie? Par contre, mon fils, étudiant, avait dit: cela semble intéressant. Il y a eu trop de jugements faits avant même de voir l’exposition.

Dans la tradition chrétienne, le respect et la dignité du corps humain viennent de la conviction que le corps est le temple de l’Esprit saint. Dans cette perspective, et face à une vision dualiste qui oppose corps et âme, le salut n’est pas seulement pour l’âme, mais pour toute la personne, car avant d’avoir un corps, nous sommes corps.

Ainsi, avant d’entrer, je me demandais encore: «Est-ce que je suis prêt pour voir cette exposition?» Au risque de décevoir les lecteurs, je dois dire que l’exposition n’a été, pour moi, ni un spectacle macabre ni l’«exposition de ma vie». 

Bien faite, instructive, même si rien n’est nouveau dans les recommandations concernant la santé, qui occupent une bonne partie de l’exposition: bouger, faire attention au sel et au sucre, avoir une alimentation équilibrée et plutôt austère pour arriver à 100 ans en pleine forme. Tout ça, on le savait avant de venir!

L’exposition est bien conçue pour atteindre les objectifs qu’elle annonce: informer le grand public sur le fonctionnement du corps humain et les conséquences de maladies sur la santé et élargir leurs connaissances sur l’anatomie et la physiologie humaines.

Certains ont demandé l’interdiction de l’exposition, comme en France, avec pour raison le manque de respect dû aux corps de personnes décédées. Prétendre que la morbidité et le voyeurisme sont les principales raisons pour lesquelles les gens vont voir l’exposition est, à mon avis, très réducteur, même si je crois que la curiosité de voir ce qui est caché joue un rôle important.

Après cette visite et une discussion, mon fils et moi gardons le souvenir d’une exposition plutôt pédagogique où la vulgarisation scientifique offre des éléments pour une prise de conscience sur la valeur de la vie, sa fragilité, la complexité du corps humain et l’inévitabilité de la mort. Si j’adopte une perspective théologique, je dirais que l’exposition montre principalement le corps mis en scène comme une mécanique appelée à fonctionner efficacement, or pour moi il est don et moyen de rencontre et de transcendance malgré/avec ses faiblesses. Et il témoigne de plus que de nous-mêmes. Cette perspective est évidemment absente dans l’exposition.

Les questions éthiques restent sans réponse: jusqu’où peut-on aller dans la manipulation du corps humain après la mort, avec quels buts?

La réponse à ces questions appartient à chaque personne intéressée, soit-elle visiteur ou non. Cela appelle au discernement individuel et sociétal.

Guillermo Kerber Théologien laïc

Service de la formation à la mission ecclésiale – Eglise catholique romaine Genève (ECR)
Paru dans la Tribune de Genève le 26 octobre 2017 (Rubrique « L’invité »)

 

Journée mondiale du refus de la misère

Journée mondiale du refus de la misère

Il y a 30 ans, le père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD-Quart Monde, et des milliers de personnes se réunissaient sur le Parvis du Trocadéro à Paris pour poser une dalle où il est inscrit : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

Depuis ce jour, chaque 17 octobre, de nombreuses villes se mobilisent pour affirmer que la misère n’est pas une fatalité, mais qu’elle peut être combattue et vaincue. Pour cela, ses victimes doivent être associées au combat contre la misère plutôt qu’enfermées dans leurs difficultés ou jugées seules responsables de leur condition.

A Genève, depuis 2010, le « Collectif 17 octobre », composé de nombreuses institutions sociales et associations dont l’Eglise catholique romaine, célèbre cette Journée et inscrit ainsi notre ville dans cet élan mondial de réflexion.

Cette année, et pour la première fois, le Collectif a organisé le 14 octobre dernier le « Parlement des Inaudibles », un lieu où a résonné la voix des personnes en situation de précarité, une voix que l’on n’entend pas, parce que ceux qui la portent sont rendus invisibles : comme l’affirme le philosophe Guillaume Blanc, « les visages effacés sont d’abord des voix que l’on a effacées du concert des voix que devrait être une démocratie ». Ce jour-là, à partir des thèmes de la discrimination, du travail et du logement, ces « inaudibles » se sont exprimés devant des citoyens et des figures politiques invités à les écouter, eux les vrais « experts » de l’exclusion sociale.

Le Collectif souhaite souligner l’enjeu politique et social de cette réalité, car en stigmatisant les plus pauvres et les plus vulnérables, la société se permet d’exclure des groupes sociaux. Il est considéré normal que ceux qui vivent la pauvreté se cachent et se rendent invisibles. Ceux qui ne le font pas sont punis sévèrement par la loi. A Genève, la pauvreté est criminalisée : des centaines de personnes en situation de rue reçoivent une ordonnance pénale pour occupation abusive de l’espace public quand elles restent « trop longtemps » sur un banc dans un parc ou pour le « crime de mendicité » quand elles tendent la main pour appeler à la solidarité. Cela se déroule dans le silence assourdissant de nos consciences d’humains.

Une discrimination anti-pauvres s’est installée dans nos structures et dans notre imaginaire social. L’amalgame entre pauvres et profiteurs ou pauvres et fainéants n’est qu’un signe des efforts de notre société pour rendre invisibles et inaudibles les victimes de la misère.

La mendicité est une situation indigne. Depuis plusieurs années, l’Eglise est engagée avec d’autres auprès de personnes en situation de précarité. A chaque fois, nous faisons l’heureuse découverte de leurs ressources, leur créativité, leur enthousiasme et leur sens des responsabilités. Ces hommes et ces femmes sont capables de construire quelque chose de neuf et de différent lorsque nous leur tendons la main. Ne criminalisons pas les pauvres, accueillons leurs mains tendues et leur invitation à bâtir un monde meilleur qui refuse la misère.

Inès Calstas – Pôle Solidarités de l’Eglise catholique romaine (ECR) Genève

Paru dans la Tribune de Genève le 17 octobre 2017

Dimanche de la Mission Universelle

Le 22 octobre sera célébré le dimanche de la mission universelle dans toute l’Eglise catholique.

Missio propose cette année de vivre une communion plus étroite avec l’Église qui est en Inde.

L’interpellation que nous adressent nos frères et sœurs en Inde se résume par le thème de la campagne 2017 qui se décline en deux temps : « Rayonner Dieu, servir la vie ».

L’Inde est un pays où l’intériorité et la méditation ont une grande importance. Elles produisent de merveilleux fruits. Elles permettent par exemple d’être animés d’un feu intérieur, d’être profondément habités par la Présence de Dieu.

Et si Dieu est présent et vivant au plus profond de soi, alors on peut connaître une vraie joie de se mettre à la suite de Jésus, de se mettre au service de l’œuvre de Dieu, au service de la vie. 

Monseigneur Robert Miranda – qui figure sur l’affiche de la campagne – est à la tête du diocèse de Gulbarga depuis 2005. Il n’y a là que 8’000 catholiques, sur un territoire grand comme les 2/3 de la Suisse. Dans un contexte multi-religieux, ils donnent par leur vie un témoignage fort de l’amour de Dieu. L’Église catholique a implanté de très nombreuses écoles, dispensaires et services sociaux qui sont ouverts à tous.

«Cette année également, la Journée missionnaire mondiale nous rassemble autour de la personne de Jésus, « le premier et le plus grand évangélisateur » (Paul VI, Evangelii nuntiandi, n. 7), qui, continuellement, nous envoie annoncer l’Evangile de l’amour de Dieu le Père dans la force de l’Esprit Saint. Cette Journée nous invite à réfléchir à nouveau sur la mission au cœur de la foi chrétienne. En effet, l’Eglise est missionnaire par nature. Si ce n’était pas le cas, elle ne serait plus l’Eglise du Christ mais une association parmi tant d’autres qui, bien vite, finirait par épuiser son but et disparaître. »

PAPE FRANÇOIS, MESSAGE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE LA MISSION UNIVERSELLE 2017

 

Plus d’informations

Les cercles de silence, une nouvelle forme de résistance

 
Initiés par les frères franciscains de Toulouse en 2007, les cercles de silence se multiplient partout en Europe. On en recense aujourd’hui 180. Des citoyens de tous horizons (chrétiens, musulmans, bouddhistes, juifs, athées, militants de tous les bords et des politiques) se réunissent pour dénoncer la situation des sans-papiers. 
 
A Genève, les Cercles de silence existent depuis janvier 2011 à raison de 6 par année. 
 
Les membres des Cercles de silence désirent aller au-delà des mots et des cris. Pendant une heure, les hommes et les femmes réunis ne bougent pas, ne martèlent aucun slogan, ne brandissent aucun poing et seuls quelques-unes et quelques-uns portent sur leurs dos des pancartes.
 
« Nous invitons seulement chacun à écouter sa propre conscience et à découvrir que nous pouvons être actifs dans la société sans être prisonniers d’une idéologie… », explique le frère Richard. Car « cela équivaudrait à affirmer la solution, imposer notre manière de voir. », 
 

La philosophie de la non violence

La Satyâgraha ou « étreinte de la vérité » (satya, vérité; agraha, saisie) est le principe de la non-violence instauré par Gandhi, basée sur la maîtrise de soi et le respect de la vérité. Le frère Richard avoue « La non-violence invite à une aventure intérieure en vérité. J’ai mis des années à approfondir ce lien si fort entre Evangile et non-violence. Le Mahatma Gandhi s’étonnait ; seuls les chrétiens ne voient pas que Jésus est non violent ». 
 
Alain Richard est depuis longtemps impliqué dans des réseaux d’actions non violentes tels que les Brigades Internationales de la Paix, Pace e Bene et Franciscans International. Cet homme charismatique âgé de 88 ans, avoue « je suis très ému de cette flambée de mobilisation…L’histoire continue ! C’est ensemble que nous pouvons défendre l’être humain parce que c’est urgent. Oui, c’est vraiment urgent ! »
 
Le Cercle de silence « Genève » est composé de citoyens dont certains sont membres de l’EPG, l’ECR, l’AGORA….. 
 
Ines Calstas
 

Crédit photo Nicole Andreetta

Date du prochain cercle du silence 

Journée mondiale du refus de la misère : 4, 13 14 et 17 octobre 2017

A Genève le « COLLECTIF 17 OCTOBRE » organise 4 rendez-vous pour les 30 ans de la Journée mondiale du refus de la misère les 4, 13 14 et 17 octobre 2017. 
 
« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »  Joseph Wresinski, 17 octobre 1987. Initiée par Joseph Wresinski et des milliers de personnes de tous milieux rassemblés sur le Parvis des Droits de l’Homme à Paris en 1987, cette journée est officiellement reconnue par les Nations Unies depuis 1992 en tant que Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Partout dans le monde, des personnes se mobilisent pour faire entendre ce jour-là la voix, les idées des personnes que la pauvreté a mis en marge de nos sociétés.
 
A Genève, vous êtes invités le :
Mercredi  4 octobre à 19h00 « La victoire des gestionnaires : management et politiques publiques, les rouages d’une précarisation généralisée », conférence publique avec Danièle Linhart (CNRS), Aude Martenot (Unige), Jean Michel Bonvin (Unige) modérateur. Salle Gandhi-Carson, Maison des Associations  flyer de l’événement
Vendredi 13 octobre – Visite guidée historique « A la rencontre d’une Genève en mutation », cortège, repas (théâtre de la Parfumerie), espace de partage, moment convivial et animations artistiques. Dès 10h00.
Samedi 14 octobre  – « Parlement des inaudibles » des personnes en situation de précarité prennent la parole, repas, théâtre-récit, soirée festive, dès 12h30 Théâtre de la Parfumerie
Mardi  17 octobre – Commémoration de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté au Palais des Nations (ONU). 14h30 théâtre Musical « Couleurs Cachées »  .
Entrée libre – mais réservation obligatoire (avant le 12 octobre) : equipe.geneve@atd-quartmonde.org
 
Pour plus de détails voir le flyer complet
 

« 2 heures à offrir ? » La Pastorale de la Santé a besoin de vous 

 
La Pastorale Santé soutient les traversées périlleuses de la vie : maladie, vieillesse, mort et deuil dans des lieux qui ne sont pas des lieux d’Eglise.
 
Les aumôneries catholiques sont ainsi présentes, dans les 55 EMS du canton de Genève, dans les 6 sites des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), dans les cliniques et hôpitaux privés du canton.
 
Dans le cadre de cet accompagnement bénévole, nous offrons présence, écoute, soutien et réconfort à toute personne et à sa famille.
 
Aidez-nous à assurer ces services !
– en donnant un peu de temps pour faire du bénévolat d’accompagnement
– en assurant une présence (visites et célébrations)
– en vous formant
 
Pour réaliser cette mission, nous vous proposons : une formation à l’accompagnement et des rencontres mensuelles de partage, de réflexion et d’échanges d’expérience.
 
Vous avez deux heures à offrir ?
Contact :
Cathy Espy-Ruf  tél : 076 / 565 80 66  cathy.espy@cath-ge.ch
Paroisse de Ste Jeanne de Chantal  3 avenue d’Aïre / 1203 GENEVE
ECR / Pôle Solidarités
Pastorale de la Santé
MERCI !

Retour sur la journée portes ouvertes de la catéchèse le 31 août 2017

En poussant la porte du Centre œcuménique de catéchèse ce jour-là, le visiteur a découvert une véritable ruche : tous les collaborateurs, protestants et catholiques, pastoraux et administratifs, étaient présents pour exposer leur travail, sous le signe rayonnant de l’arc-en-ciel. Des postes spécifiques présentaient nos propositions catéchétiques et nos différents supports pédagogiques, avec la présence de collaborateurs ravis de pouvoir partager leur travail et leur matériel.

Ponctuée par différentes animations protestantes, catholiques ou œcuméniques, la journée s’est également distinguée par les échanges informels et des moments de détente autour du coin grignotage, où les petits en-cas tentants attendaient le visiteur entre deux salles. Cette belle journée, portée par tous ensemble, témoigne de la bonne entente entre les deux équipes et de leur volonté de promouvoir la présence chrétienne dans le canton. 

voyage en roumanie

Voyage en Roumanie : « Venez chez nous »

Depuis quelques années l’ECR est engagée auprès des personnes marginalisées avec une pastorale de rue, sous le nom de « Pastorale des Milieux ouverts ». Parmi ces personnes, les Roms qui mendient à Genève. En réponse à une invitation fréquente et répétée, trois femmes actives dans la Pastorale des Milieux ouverts, Inès Calstas, Nicole Simonnin et Sarah Boumaraf se sont rendues dans leur région en Roumanie pour approfondir la rencontre. Inès et Nicole nous livrent leur témoignage.

voyage en roumanie

Quelques membres de la Pastorale des Milieux ouverts sommes partis en Roumanie en mai dernier. Depuis 2010, nous travaillons avec les Roms qui mendient à Genève. Après presque sept ans de partage dans la réalité genevoise, le temps était venu d’accepter l’invitation : « Venez chez nous ». Un beau défi qui a compté avec l’appui de notre Eglise.

Avant notre départ, Mgr Pierre Farine a fait des contacts avec l’Eglise Gréco-Catholique du Diocèse de Cluj, en Transylvanie, vaste région du centre-ouest de la Roumanie.

Nos amis à Aiud et à Ocna Mures, plus au sud, se sont organisés pour nous faire découvrir leur vie. Nous, les voyageuses, nous nous sommes réunies pour définir nos objectifs. Nous étions unanimes : nous acceptions l’invitation de partir à leur rencontre sans trop de planification, au risque d’être interpellées par la réalité sur place et d’être bousculées dans nos certitudes.

voyage en roumanie

Première rencontre à Cluj avec le Père Antoine

A peine arrivées sur sol roumain, nous sommes allées à l’Evêché gréco-catholique de Cluj.

Le père Antoine nous attendait avec un accueil oriental (gâteaux et boissons). Nous avons eu un échange très intéressant sur les tensions de l’exigence évangélique et la réalité de la pauvreté qui dépasse et qui dérange. Très vite, le père Antoine a parlé des difficultés que la population rom vit: l’extrême pauvreté, le manque de formation et surtout la discrimination. Mais aussi il a parlé des Roumains qui ont du mal à accepter cette population marginalisée qui ne se comporte pas comme ils aimeraient…

voyage en roumanie
Sonin et le Père Antoine

Grâce au père Antoine nous avons rencontré le père Gabriel, un prêtre rom ! Seulement une petite minorité des Roms accède à la prêtrise. Il nous a parlé surtout de la discrimination qu’il subit quotidiennement et cela depuis son enfance. « On doit se battre pour tout et tout le temps. Heureusement, j’ai rencontré un évêque qui a cru en moi et qui m’a permis de vivre ma vocation sinon ça n’aurait pas été possible pour moi d’être prêtre. »

Nous avons passé une journée entière avec lui, nous avons visité le hameau de Sinçai à Targu Mures où il habite avec sa famille. Pas d’église pour lui. Les messes du dimanche se célèbrent chez les orthodoxes. Sinon, il est témoin d’un Dieu qui visite et qui est là avec les pauvres. Il parcourt les rues, il rencontre les personnes chez elles. Au moment de le quitter, un moment de prière « s’improvise », des bénédictions s‘échangent…

voyage en roumanie
Nicole, Inès et le père Gabriel

Les rencontres avec les familles

Nous avons vécu la joie de la rencontre qui opère comme une étincelle qui nous met en route vers l’espérance d’une vie meilleure et qui nous donne cette certitude folle que la mort n’a pas le dernier mot !

Nous avons voulu rencontrer toutes les familles de Genève, pari presque accompli.

« Vous allez voir la réalité, ils ont des super maisons ! » Des personnes bienveillantes nous avaient prévenues… Mais nous avons rencontré la misère qui rappelle parfois les bidonvilles d’Amérique latine, nous avons été témoins de rêves construits grâce à la mendicité en Suisse, nous avons vécu l’accueil inconditionnel des personnes qui nous ont ouvert leurs maisons et qui nous ont cuisiné nos mets favoris.

Quelques fruits…

A quelques semaines de notre retour, nous pouvons déjà nous réjouir, nous sommes témoins de quelques clins Dieu. Lors de notre rencontre, le père Gabriel a accepté de devenir le partenaire local du Service Social International – réintégration, une ONG qui travaille pour la réinsertion de personnes dans leurs pays et avec laquelle nous collaborons déjà. Dans ce cadre, deux familles qui ont vécu dans la rue à Genève et connues par la Pastorale des Milieux ouverts ont déjà pu démarrer leurs projets d’activité commerciale en Roumanie. Et c’est seulement le commencement…

Un immense merci à toutes les personnes qui ont rendu possible ce voyage, à celles qui s’engagent pour qu’un autre monde soit possible et à celles qui nous ont soutenues avec leurs prières et bénédictions.

Inès Calstas 

Pastorale des Milieux ouverts

ECR – Pôle Solidarités

« Une réalité humaine inconnue »

 Ce voyage en Roumanie… une immersion totale dans une réalité humaine inconnue pour moi.

Nous sommes allées dans des lieux assurément pas fréquentés par les touristes. Pas besoin de guide touristique… Nos seuls guides : les Roms que nous connaissons à Genève, qui nous ont fait connaître leurs quartiers et entrer dans leurs maisons. Merci à eux. Nous avons été des hôtes privilégiés. La table souvent mise pour nous accueillir avec la « mamaliga » au menu (polenta). Des rencontres chaleureuses dans la sincérité de leur vécu. Loin les préjugés des maisons opulentes ! Des maisons très (trop) petites pour les familles qui y habitent, sans eau courante, parfois sans électricité (coupée).

Pas de guide touristique mais que de beaux paysages et pourtant parfois, quels contrastes ! Un val verdoyant, magnifique, qui donnerait envie d’y passer quelques jours de vacances. A fond de ce val, un village où se côtoient des maisons en voie d’amélioration (celles de Roms qui sont venus en France, en Suisse, en Italie, en Espagne) et les pires taudis. Une grande école, de construction moderne… mais qui interroge : quelle scolarité pour les enfants qui vivent dans une telle misère ?

« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ». Cette citation attribuée à Albert Einstein, nous l’avons évoquée lors de notre entretien avec le Père Antoine. La discrimination à l’égard de la population Rom, nous a été confirmée par le Père Gabriel, notamment avec son expérience personnelle. A la fin du collège, lorsqu’il a dit que son orientation future était de devenir prêtre, il s’est entendu répondre : « Tu ne pourras pas être prêtre… tu es Rom ». Ce qui a été heureusement démenti par l’accueil de son évêque.

Je me réjouis qu’il ait accepté d’être le contact local pour la réinsertion de personnes dans leurs pays.

Nicole Simonnin

 
Images : Sarah Boumaraf, Inès Calstas

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