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    mercredi 27 juillet 2016

    «Il faut répondre par l’amour de l’ennemi»

    Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, réagit après l’attentat de Rouen où un prêtre a été tué.

    Article publié dans "Le Temps" du 27.07.2016

     

    Le Temps: Quelle a été votre première réaction en apprenant cette nouvelle?

    Charles Morerod: Une tristesse profonde, comme à chaque attentat. J’ai d’ailleurs hésité à réagir à celui-ci au prétexte qu’il vise les catholiques, alors que je n’avais rien dit sur d’autres attentats récents. J’ai tout de suite envoyé un message de condoléances à l’archevêque de Rouen. Je lui ai dit aussi que nous devons prier pour savoir répondre à cette violence à la manière dont le Christ nous l’a enseigné, par l’amour de nos ennemis. Un message typiquement chrétien.

    - L’amour comme arme, franchement, vous y croyez?

    - Le droit de se défendre est légitime, mais il faut éviter la vengeance. Car c’est exactement ce que ceux qui planifient les attentats attendent de nous. Voici une anecdote qu’on m’a rapportée: une musulmane a menacé une chrétienne de la tuer, au nom de sa religion. Celle-ci a rétorqué qu’elle allait l’aimer, au nom de sa religion. La femme musulmane en a été bouleversée.

    - Sommes-nous entrés dans une guerre de religions?

    - J’espère bien que non! C’est l’intention des terroristes, mais pas la mienne, ni celle du pape. Il faut à tout prix éviter l’escalade de la violence.

    - Attendez-vous une réaction des communautés musulmanes?

    - J’en ai déjà reçues. Je peux comprendre leur affectation, car ces attentats nuisent à leur image. Mais quoi que vous disiez à propos de l’islam, vous aurez quelqu’un qui dira le contraire. J’ai lu le livre d’Adrien Candiard: Comprendre l’Islam (ou plutôt: pourquoi on n’y comprend rien). Le Coran et les hadiths véhiculent souvent des messages contradictoires. On ne peut que demander aux musulmans de tout faire pour éviter l’interprétation violente de leur religion, mais c’est à eux de voir comment.

    - Cet acte sur sol européen amènera-t-il à aider les Chrétiens d’Orient, abandonnés par l’Europe à leur sort?

    - Peut-être et j’en serais heureux. Mais comment faire pour les soutenir sans renforcer ce qui a provoqué leur problème actuel, à savoir les accusations de collaboration avec l’ennemi en Irak? Quant à l’accueil en Europe, leur clergé est divisé, car cela implique qu’ils doivent quitter leur terre ancestrale.

    - Faut-il protéger les églises?

    - Pratiquement, c’est impossible, vu le nombre d’églises. Il vaut mieux ne pas céder à la panique.

     

    Laure Lugon Zugravu
    Journaliste enquêtrice à la rédaction de Genève (Le Temps)