« Cela se passe aussi chez nous »

Invité le 18 novembre dernier par l’Espace culturel François de Sales pour participer à un débat après la projection du long métrage « L’abri » de Fernand Melgar, le Vicaire épiscopal Pascal Desthieux a souligné les efforts de l’Eglise pour chercher des solutions à la détresse des sans-abris et des plus démunis, notamment avec la Pastorale des Milieux ouverts.

« A Genève, le nombre de personnes qui vivent dans la rue est estimé à 1.500 environ et il y a 200 place ouvertes pour dormir en hiver. Ce sont des frères et sœurs en humanité », a –t-il souligné devant un public nombreux. Le film, présenté dans le cadre du cycle de projections-débats « Europe, terre d’écueil » proposé par l’Espace culturel François de Sales, documente les enjeux humains du « tri des pauvres » à l’entrée d’un hébergement d’urgence pour sans-abris à Lausanne. « La rue est cruelle. Avec le temps, elle transforme les personnes. J’ai vu des personnes de plus en plus abimées, dénaturées », a témoigné l’assistante pastorale de l’ECR Inès Calstas, qui coordonne la Pastorale des Milieux ouverts à Genève. Pour le débat, elle était venue accompagnée de deux personnes qui connaissent la galère de la rue, la méfiance et le mépris des regards, Amadou et Téo. « Dans notre Pastorale, c’est avec eux que nous cherchons des réponses », a insisté Mme Calstas.

« Si nous sommes encore en Syrie, c’est pour Jésus-Christ »

Le père Toufik, curé de Maaloula, est venu témoigner de la réalité de ce village syrien occupé par les djihadistes. Une conférence organisée à l’église Sainte-Croix afin de récolter des fonds. 

Dans l’église carougeoise, le père Toufik entreprend le récit des évènements qui ont eu lieu à Maaloula en 2013 et 2014. En septembre 2013, le village est victime d’une première attaque. Kamikaze, combat entre l’armée syrienne et les djihadistes, enlèvements. La communauté chrétienne pleure cinq jeunes martyrs. Exilée, elle décidera de rentrer après la fin des horreurs. « Si nous revenons, avait dit le père Toufik à ses paroissiens, c’est uniquement pour le Christ, rien d’autre ne le mérite ». Au final, 40% des chrétiens y retourneront. Aujourd’hui le village syrien reprend vie notamment grâce à l’aide de SOS chrétiens d’Orient, une association basée à Paris ,fondée suite à la prise de Maaloula. Son but: aider les chrétiens orientaux à rester chez eux. Parmi les défis de taille soulignés par le père Toufik, l’exode des jeunes pour chercher du travail ou échapper à l’enrôlement militaire. L’association offre ainsi une aide matérielle pour encourager les mariages.

Priscilia Chacón

Que faire de nos églises ?

Pour des lieux de culte adaptés à une pastorale contemporaine 1

Genève n’échappe pas aux réflexions en cours sur l’utilisation ou la réaffectation des églises : à l’heure où les églises ont tendance à se vider, la nécessité de créer de nouveaux lieux de culte s’impose en plusieurs lieux pour à la fois répondre aux besoins d’une pastorale qui a profondément évolué depuis plusieurs décennies et, de plus, offrir aux paroisses les moyens de pérenniser leur mission en les affranchissant des soucis générés par des charges financières qui ne sont plus supportables.

Dans le canton, plusieurs paroisses ont des projets de remplacement de leur église par une nouvelle, modulable et adaptée à notre temps. Notamment deux, qui pour l’heure n’ont pas encore obtenu une autorisation : Sainte-Jeanne-de-Chantal, à l’avenue d’Aïre, Genève et Saint-Pie-X, au carrefour du Bouchet, sur la commune de Vernier.

Sainte-Jeanne-de-Chantal a été bâtie dans les années 1968-1969. « A l’époque, face à l’importante immigration catholique issue de cantons comme Fribourg et le Valais, ainsi que de pays comme l’Espagne, l’Italie et le Portugal, il était communément admis que chaque commune devait bénéficier d’une église, au même titre que d’une école », faisait valoir le conseil paroissial dans un courrier du mois de mai 2016 adressé au Département de l’Aménagement, du Logement et de l’Energie du canton. Il était également rappelé que cette église, comme tant d’autres, avait été prévue pour un nombre important de fidèles et de prêtres, ainsi que pour des manifestations de grande ampleur comme des premières communions, des confirmations, de grandes célébrations annuelle ou encore des fêtes paroissiales. Entretemps, le bâtiment est devenu trop vaste pour une communauté qui ne compte aujourd’hui qu’une centaine de personnes pratiquantes. Parallèlement, la situation financière de la paroisse s’est considérablement dégradée qui a conduit, à ce jour, à l’impossibilité de faire face tant aux charges courantes (chauffage, électricité, nettoyage) qu’à l’entretien et aux réparations du bâtiment et encore moins à celles d’une rénovation d’ensemble. « Au rythme actuel du déficit que présentent nos comptes, nous serons en faillite dans trois ans », était-il souligné dans ce courrier. Il était par ailleurs précisé que le bâtiment avait été conçu et réalisé avant le premier choc pétrolier, c’est-à-dire sans isolation, avec des vitrages simples, des volumes immenses ainsi que des installations de chauffage peu performantes. Au fil du temps, des infiltrations d’eau provenant de la toiture se sont manifestées, la carbonatation et les fissurations du béton sont apparues, sans compter le décollement des étanchéités et la problématique de l’amiante. Malgré ce constat plutôt sombre, il est apparu que la présence d’un lieu de prière et de culte était ressenti comme nécessaire dans le quartier. Aussi, la paroisse, avec l’aide de l’ECR-GE2, a souhaité adapter le bâtiment en taille et en qualité au nombre des fidèles. Par ailleurs, la réalisation d’un immeuble de logements et d’activités a été envisagée pour financer durablement le fonctionnement de la paroisse dans le futur.

C’est ce qui d’ailleurs vient d’être réalisé par la paroisse de Sainte-Clotilde, à Plainpalais – La Jonction, où sur deux terrains attenants utilisés comme parkings, le premier appartenant à la paroisse et le second à la Ville de Genève qui a accordé un droit de superficie à la paroisse, vient d’être édifié un immeuble de 46 logements et d’une surface commerciale destinée à abriter, au rez, une structure du Service de la petite enfance de la Ville de Genève. A Sainte-Jeanne-de-Chantal, l’opportunité serait de réaliser 80 logements, d’un centre paroissial avec une nouvelle église et d’un lieu de vie ouvert, au centre du quartier et de ses activités. Ce projet passe par la démolition de l’église existante, puisque vétuste et obsolète. En dépit du fait que l’on déplore très régulièrement un manque drastique de logements dans le canton et qu’on invoque par ailleurs les impératifs d’aménagement du territoire édictés par la Confédération qui préconisent une densification de la ville, le projet reste en souffrance, une ouverture de procédure d’inscription de l’église à l’inventaire ayant été la réponse du  Service des Monuments à  la demande de démolition du bâtiment.

A Saint-Pie-X, l’avenir ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices car elle vit aussi principalement des dons de ses paroissiens. La vétusté de l’église et de ses locaux, son surdimensionnement par rapport aux besoins actuels rendent nécessaire la réalisation d’une nouvelle église avec un nouvel espace modulable. Un nouvel espace qui permettrait également à la paroisse de repartir sur des bases financièrement saines dans la mesure où la construction d’un immeuble de 80 logements est prévue dans le projet de réaménagement du bâti. Mais là encore, il se trouve que le Service des monuments et des sites a jugé, à ce jour, l’église « intéressante », compromettant ainsi les chances de donner un nouvel élan à une paroisse en grande difficulté.

Néanmoins, la fermeture ou la suppression de lieux de culte ne doit constituer qu’un ultime recours et c’est pourquoi l’ECR-GE 2 apporte tout son soutien aux paroisses qui n’ont d’autres solutions pour poursuivre leur mission dans les quartiers et à proximité de la population que de faire preuve à la fois de créativité et de pragmatisme.

Etudiante en histoire de l’art à l’Université de Lausanne, Nathalie Annen remarque (dans un article intitulé « Eglise cherche affectation, pas sérieux s’abstenir – Transformations de temples en Suisse romande depuis 1960 ») que « les résistances émotionnelles peuvent être vives face aux changements ». Mais, poursuit-elle, « s’il est incontestable que des éléments patrimoniaux de valeur doivent être sauvegardés, les experts s’accordent sur la nécessité de faire preuve de pragmatisme et de faire le deuil d’objets à seule vocation cultuelle… Quand il s’agit de monuments protégés, l’essentiel est d’y apporter uniquement des modifications réversibles, suivant les recommandations de la Charte de Venise de 1964 sur la conservation et la restauration des monuments et des sites ».

Et de conclure « qu’il serait souhaitable, voire nécessaire, d’établir des critères et des procédures permettant une approche plus objective en la matière » car « la dichotomie entre la valeur d’usage… et la valeur historique… trouve aujourd’hui sa résolution dans un climat prudent, pour ne pas dire frileux… ».

Pascal Gondrand

1 Résumé du texte paru dans « Vie de l’Eglise », supplément genevois du magazine « l’Essentiel »-novembre 2017

2 Constituée en association, l’ECR-GE est le bras administratif et financier de l’Eglise catholique romaine à Genève

Le billet du vicaire épiscopale – Les 5 essentiels

Les 5 essentiels

Au cours de la session pastorale cantonale que prêtres et agents pastoraux allons vivre en ce mois de novembre, il sera question, entre autres, des « 5 essentiels » : prière, fraternité, service, formation et évangélisation. On les retrouve dans la vie de la première communauté chrétienne de Jérusalem (Actes 2, 42-47) ; ils sont nécessaires pour que la vie chrétienne se déploie et porte du fruit. Ainsi, dans notre vie comme dans chacun des groupes ecclésiaux auxquels nous participons, il est « essentiel » que :

  1. nous gardions toujours une place pour la prière et la rencontre personnelle de Dieu.
  2. nous vivions la communion fraternelle et la joie d’être ensemble.
  3. nous grandissions en nous donnant les moyens de nous former et d’apprendre.
  4. nous nous engagions selon nos capacités et nos charismes.
  5. nous annoncions la Bonne Nouvelle du Ressuscité.

Autrement dit, pour grandir et s’épanouir, nous avons besoin d’un cocktail de 5 vitamines
essentielles :

  • vitamine A de l’Adoration par la prière, la louange, la célébration.
  • vitamine B d’une Belle communauté où se vit l’accueil, le soutien, la fraternité.
  • vitamine C d’une Configuration au Christ par une formation continue.
  • vitamine D du Dévouement par le service de nos frères et sœurs.
  • vitamine E de l’Evangélisation en étant disciples missionnaires.

Je vous propose un exercice tout simple. Vous faites partie d’un conseil paroissial, d’un groupe de prière ou de lecture biblique, des lecteurs ou des fleuristes, etc. ? Regardez si vous vivez bien les 5 essentiels, et lequel il faudrait développer pour que votre groupe porte plus de fruits. Vous pourrez aussi repérer dans votre vie chrétienne si vous recevez bien les cinq vitamines essentielles et quelle serait celle qui pourrait manquer à votre croissance.

Abbé Pascal Desthieux, vicaire épiscopal

En marche à vos côtés