Theoreme

Séance le dimanche 7 mai à 17h30 - Hommage à Pier Paolo Pasolini

Débat : MYSTIQUE OU POLITIQUE
Dimanche 7 mai à 19h10 après la séance de 17h30

L'histoire

Une famille de bourgeois milanais reçoit un télégramme annonçant l'arrivée d'un hôte mystérieux. Ce Visiteur silencieux, jeune, beau et cultivé, subjugue chaque membre de la famille. Il leur fait connaître une révélation mystique en les initiant sexuellement, chacun gardant pour soi ce qu'il pense être un amour unique. Après la réception d'un télégramme, l'étranger quitte la famille comme il était arrivé. Le départ du Visiteur laisse les membres de la famille devant une profonde détresse : maintenant que leur a été révélé le sens du sacré, ils ne peuvent supporter de retourner à leurs quotidiens ordinaires et cherchent chacun à poursuivre la voie vers le sacré que l'hôte leur a ouvert. Tous ne réussiront pas.

 

Le point de vue de Bertrand Bacqué

Un personnage mystérieux, mi-ange, mi-démon, fait éruption dans une famille bourgeoise italienne de la fin des années soixante. S’ensuit une série de bouleversements. La fille, victime d’une crise de tétanie, est évacuée vers un asile. Le fils s’enfonce dans une quête artistique stérile. La mère se lance à la recherche d’aventures érotiques. Le père, qui semble avoir trouvé le chemin de la rédemption, prend la voie du dépouillement, donne son usine aux ouvriers et s’élance dans le désert. Seule, Émilia, la servante, semble trouver la voie mystique puisque, retournée dans la ferme de ses origines, elle lévite et guérit les malades… Si le film apparaît comme une parabole évangélique, le sacré évoqué ici passe par la sexualité, alors considérée comme libératrice. Mais l’enjeu du film de Pasolini est aussi politique puisqu’il dénonce la stérilité du monde bourgeois, seules les classes défavorisées accédant à la sainteté.

 

L'auteur

Romancier, cinéaste, dramaturge, critique et théoricien, Pier Paolo Pasolini (1922 - 1975), auquel nous rendons hommage cette année, fait figure de poète martyr, et sa mort tragique sur une plage d’Ostie semble l’attester. Son rapport au christianisme et, partant, aux religions, est complexe, et lui-même se disait athée. Fils d’un officier qu’il exécrait, et d’une institutrice qu’il adorait, il a grandi sous la chape de plomb mussolinienne. C’est sur le tard qu’il aborde le cinéma, alors qu’il est déjà un écrivain reconnu. Avant de passer à la réalisation avec Accattone, en 1961, un film aux accents néo-réalistes, il signe plus d’une trentaine de scénarios, dont certains pour Fellini et Bolognini. Suivront Mamma Roma en 1962 et La Ricotta en 1963, qui sera jugée « blasphématoire ». À cette « trilogie romaine » succèdent, selon la terminologie d’Hervé Joubert-Laurencin, des « œuvres inactuelles » comme Uccellacci e uccellini (1966), Teorema (1966), Porcile (1969) ou Salò (1975).

Pasolini se considère alors « plus moderne que les modernes », et jamais son cinéma ne se résoudra à une forme « classique ». Il opère aussi de réguliers bonds dans le passé avec Il Vangelo secondo Matteo (1965), Edipo Re (1967), Medea (1970) et la « trilogie de la vie » : Il Decamerone (1971), I racconti di Canterbury (1972) et Il fiore delle mille e Una notte (1974). À côté de ses fictions, il faut signaler toute une série d’appunti, qui sont autant de films-essais, et qui peuvent être : des films de montage (La Rabbia, 1963), des reportages (Comizi d'amore, 1964), des repérages (Sopralluoghi in Palestina per Il vangelo secondo Matteo, 1965), des films à sketches (La sequenza del fiore di carta, 1969) ou des scénarios filmés (Appunti per un Orestiade africana, 1969).

Il ressort de son œuvre une figure riche et contrastée, souvent polémique et contestée. Tour à tour bourgeois, homosexuel, communiste, artiste d’avant-garde, Pasolini a lutté toute sa vie durant « avec les armes de la poésie » contre la société néo-capitaliste qui aliène et marchandise les corps et les âmes, et beaucoup voient en lui une des figures prophétiques de la modernité.

 

Citation

« Du roman au film, Théorème est la démonstration de l’irruption violente du sentiment du sacré, dans une société aux valeurs fictives, où l’homme se déréalise. L’image du désert apparaît emblématique dans la construction de la parabole pasolinienne du sacré. » Magali Vogin, Italies

 

Italie, 1968, 98 minutes, VO I – ST F
Réalisation et scénario : Pier Paolo Pasolini, d’après son roman homonyme
Photographie : Giuseppe Ruzzolini
Son : Dino Fronzetti
Musique : Ennio Morricone, Mozart, Ted Cursen
Interprétation : Terence Stamp (le Visiteur), Massimo Girotti (Paolo, le père), Silvana Mangano (Lucia, la mère), Anne Wiazemsky (Odetta, la fille), Andrés José Cruz (Pietro, le fils), Laura Betti (la servante), Ninetto Davoli (Angelino, le Messager)
Production : Manolo Bolognini & Franco Rossellini, Aetos Produzioni Cinematografiche, Euro International Film