Silence

Séance le samedi 6 mai à 19h30

Débat : APOSTASIE AU COEUR DU JAPON 
Samedi 6 mai à 21h40 après la séance de 19h30
À l’issue du débat, un cocktail est offert par l’association Suisse-Japon 

 

L'histoire

XVIIe siècle. Sebastiao Rodrigues et Francisco Garupe, deux jeunes prêtres jésuites portugais reçoivent pour mission de se rendre au Japon retrouver leur mentor, le père Ferreira, porté disparu et qui aurait abjuré sa foi. Guidés par Kichijiro, un drôle de paroissien traumatisé trouvé à Macao, ils abordent bientôt un pays où le christianisme a été décrété illégal et où ses fidèles sont persécutés. Un village qui pratique en secret les accueille, mais il faut se cacher de l’inquisition du shogunat. Au bout d’une errance qui sépare les deux amis, Rodrigues, capturé, subira sa propre «passion».

 

Le point de vue de Norbert Creutz

Nouvelle adaptation, après Chinmoku de Masahiro Shinoda (1971) du roman éponyme de Shusaku Endo (1966), le «Graham Greene japonais», Silence est certes un remake mais pas un film facile pour autant. Pour Martin Scorsese, qui en rêvait depuis 25 ans, il s’agit là d’une œuvre très personnelle, qui fait clairement écho à La Dernière Tentation du Christ. Le silence du titre est bien sûr celui de Dieu, qui accable de plus en plus le père Rodrigues au fil de ses épreuves. Au point de faire vaciller sa foi ou juste son arrogance de prosélyte dans un pays dont il ignore tout? Dans l’impeccable néo-classicisme de son auteur, ce long voyage tortueux et torturé s’avère lui aussi éprouvant. Mais comment ne pas souscrire à sa belle conclusion d’une foi envisagée comme ultime rempart, intime conviction inexpugnable plutôt que comme une vérité imposable à d’autres?

 

L'auteur

On ne présente plus Martin Scorsese, l’un des plus fameux cinéastes américains de ces cinq dernières décennies. Ce véritable «homme-cinéma», tant son engagement pour le 7e art paraît total, en est arrivé à cacher un jeune Italo-Américain tourmenté, né à New York en 1942, qui aurait très bien pu prendre une toute autre voie: celle du gangstérisme, comme certains amis d’enfance, ou celle de la prêtrise, qu’il envisagea plus sérieusement. C’est ainsi qu’entre deux films résolument profanes, il est revenu par trois fois à des thèmes ouvertement religieux, avec La Dernière Tentation du Christ  (1988), Kundun (1997) et Silence (2016) – sans renoncer à cette violence qui est une composante essentielle de son style.

 

Citation

«Regardant en arrière, je pense que ce très long processus de gestation a été une façon de vivre avec cette histoire. Les idées contenues dans ce livre m’ont poussé à réfléchir plus avant la question de la foi. Dans ma mémoire, je vois tout se mettre en place comme une sorte de pèlerinage. Et je m’étonne d’avoir reçu la grâce d’avoir pu réaliser ce film à ce moment de ma vie. » Martin Scorsese

 

États-Unis – Taïwan – Mexique,  2016, 161 minutes, VO A – ST F
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Jay Cocks et Martin Scorsese, d’après le roman de Shusaku Endo
Photographie : Dante Ferretti
Musique : Kathryn Kluge et Kim Allen Kluge
Interprétation : Andrew Garfield (Sebastiao Rodrigues), Adam Driver (Francisco Garupe), Liam Neeson (Cristovao Ferreira), Ciaran Hinds (Père Valignano), Yozuke Kubozuka (Kichijiro), Tadanobu Asano (l’interprète), Issei Ogata (l’inquisiteur Inoue), Ioshi Oida (Ichizo), Shin’ya Tsukamoto (Mokichi)
Production : Barbara De Fina, Randall Emmett, Irwin Winkler, CatchPlay, Fabrica de Cine