L'évangile selon saint Mathieu

Séance le mercredi 3 mai à 14h00 - Hommage à Pier Paolo Pasolini

Débat : UN CHRIST RADICAL 
Mercredi 3 mai à 16h15 après la séance de 14h00

 

L'histoire

Les textes saints racontent que Jésus naquit à Bethléem. Sa naissance semblant présenter un péril pour Hérode, celui-ci ordonne que tous les nouveau-nés du royaume soient tués. Joseph, averti du massacre des innocents par un ange apparu en songe, emmène la mère et l'enfant en Égypte, pour ne revenir en Palestine qu'à la mort d'Hérode. Arrivé en sa trentième année, Jésus entreprend de remplir la mission pour laquelle son Père l'a envoyé sur Terre. Il accomplit des miracles, énonce des prophéties, ressuscite les morts. Sachant ses jours comptés, il choisit des apôtres pour transmettre sa divine parole.

 

Le point de vue de Bertrand Bacqué

L’Évangile selon saint Matthieu se veut une rupture par rapport aux films précédents. Pasolini invente ce qu’il nomme un « magma stylistique », n’hésitant pas à alterner zoom, plans larges et gros plans, caméra portée à l’épaule, et à utiliser des musiques très diverses : Bach, Mozart, Webern… mêlés à des spirituals et à une messe congolaise. Pour l’image, Pasolini s’inspire des primitifs italiens, Giotto ou Duccio, ou des peintres de la Première Renaissance, Piero della Francesca ou Masaccio. Il tourne dans le Mezzogiorno, une région alors marquée par un terrible séisme qui évoque parfaitement la Palestine d’il y a deux mille ans. Pour la première fois, Pasolini aborde de front la question du sacré qui était disséminée dans ses films précédents. Sa vision du Christ a une telle force qu’elle séduira croyants et athées, catholiques et marxistes… Aujourd’hui encore, l’Osservatore Romano considère L’Évangile comme « la meilleure œuvre cinématographique sur Jésus jamais tournée.»

 

L'auteur

Romancier, cinéaste, dramaturge, critique et théoricien, Pier Paolo Pasolini (1922 - 1975), auquel nous rendons hommage cette année, fait figure de poète martyr, et sa mort tragique sur une plage d’Ostie semble l’attester. Son rapport au christianisme et, partant, aux religions, est complexe, et lui-même se disait athée. Fils d’un officier qu’il exécrait, et d’une institutrice qu’il adorait, il a grandi sous la chape de plomb mussolinienne. C’est sur le tard qu’il aborde le cinéma, alors qu’il est déjà un écrivain reconnu. Avant de passer à la réalisation avec Accattone, en 1961, un film aux accents néo-réalistes, il signe plus d’une trentaine de scénarios, dont certains pour Fellini et Bolognini. Suivront Mamma Roma en 1962 et La Ricotta en 1963, qui sera jugée « blasphématoire ». À cette « trilogie romaine » succèdent, selon la terminologie d’Hervé Joubert-Laurencin, des « œuvres inactuelles » comme Uccellacci e uccellini (1966), Teorema (1966), Porcile (1969) ou Salò (1975).

Pasolini se considère alors « plus moderne que les modernes », et jamais son cinéma ne se résoudra à une forme « classique ». Il opère aussi de réguliers bonds dans le passé avec Il Vangelo secondo Matteo (1965), Edipo Re (1967), Medea (1970) et la « trilogie de la vie » : Il Decamerone (1971), I racconti di Canterbury (1972) et Il fiore delle mille e Una notte (1974). À côté de ses fictions, il faut signaler toute une série d’appunti, qui sont autant de films-essais, et qui peuvent être : des films de montage (La Rabbia, 1963), des reportages (Comizi d'amore, 1964), des repérages (Sopralluoghi in Palestina per Il vangelo secondo Matteo, 1965), des films à sketches (La sequenza del fiore di carta, 1969) ou des scénarios filmés (Appunti per un Orestiade africana, 1969).

Il ressort de son œuvre une figure riche et contrastée, souvent polémique et contestée. Tour à tour bourgeois, homosexuel, communiste, artiste d’avant-garde, Pasolini a lutté toute sa vie durant « avec les armes de la poésie » contre la société néo-capitaliste qui aliène et marchandise les corps et les âmes, et beaucoup voient en lui une des figures prophétiques de la modernité.

 

Citation

 « L’Évangile selon saint Matthieu occupe une place cruciale dans la vie et l’œuvre de Pasolini, parce que le film revêt une signification à la fois esthétique, politique et biographique. Pasolini y concilie le chaos et l’harmonie, la pureté et l’impureté, le sacré et le profane. Mais il parvient également à faire coïncider une vision universelle des Évangiles avec son identification intime au Christ. » Olivier Père, Arte

 

 Italie, 1964, 133 minutes, France VO I – ST F
Réalisation et scénario  : Pier Paolo Pasolini d’après L’Évangile de Matthieu
Conseiller religieux : Don Giovanni Rossi
Photographie : Tonino Delli Colli, assisté de
Giuseppe Ruzzolini
Son : Mario Del Pozzo
Musique : Luis Bacalov, Carlo Rustichelli
(non crédité) - Extraits des oeuvres de Bach,
Webern, Mozart, Prokofiev, de la « Missa Luba »
(messe congolaise), de Spirituals et de chants
révolutionnaires russes
Interprétation : Enrique Irazoqui (le Christ),
Margherita Caruso (Marie jeune), Susanna Pasolini
(Marie âgée), Marcello Morante (Joseph), Mario
Socrate (Jean-Baptiste), Settimio Di Porte (Pierre),
Otello Sestili (Judas)
Production : Alfredo Bini, Arco Film (Rome),
Lux Compagnie cinématographique de France (Paris)