Des oiseaux petits et gros

Séance le samedi 6 mai à 14h00 - Hommage à Pier Paolo Pasolini

Débat : LE CHRISTIANISME EST-IL SOLUBLE DNAS LE MARXISME ?
Samedi 6 mai à 16h15 après la séance de 14h00

 

L'histoire

Deux vagabonds vont par les chemins, accompagnés d'un corbeau qui leur parle de philosophie sans qu'ils le comprennent. Le corbeau leur fait vivre quelques aventures. Ils se retrouvent moines franciscains au XIIe siècle, chargés d'apprendre le langage des oiseaux pour les évangéliser, puis replongent dans notre siècle pour combattre l'injustice et montrer aux hommes le droit chemin. Mais eux-mêmes ont du mal à suivre leur enseignement et, affamés, sautent sur le corbeau pour le dévorer, ce qui d'ailleurs leur permettra d'intégrer sa pensée et de la dépasser.

 

Le point de vue de Bertrand Bacqué

Comme La Ricotta, Uccellacci e uccellini est une fable politique et burlesque. C’est aussi l’un des films les plus légers, les plus joyeux de Pasolini, même s’il ne renonce pas à sa perspective critique tant sur le communisme incarné par le corbeau – autoportrait du cinéaste en marxiste pontifiant –, que sur le christianisme, incapable de prendre en compte la lutte des classes. L’épisode franciscain exprime parfaitement ce point de vue sous la forme d’une parabole. Envoyés par saint François évangéliser  les faucons et les moineaux, frère Cicillio et frère Ninetto ne parviennent pas à empêcher les uns de dévorer les autres. Il faudra que saint François leur explique la lutte des classes pour qu’ils reprennent leur mission… La référence aux Onze Fioretti de François d’Assise de Roberto Rossellini est évidente et Des oiseaux petits et gros se veut alors comme le pastiche d’un film que Pasolini considérait comme une œuvre maîtresse.

 

L'auteur

Romancier, cinéaste, dramaturge, critique et théoricien, Pier Paolo Pasolini (1922 - 1975), auquel nous rendons hommage cette année, fait figure de poète martyr, et sa mort tragique sur une plage d’Ostie semble l’attester. Son rapport au christianisme et, partant, aux religions, est complexe, et lui-même se disait athée. Fils d’un officier qu’il exécrait, et d’une institutrice qu’il adorait, il a grandi sous la chape de plomb mussolinienne. C’est sur le tard qu’il aborde le cinéma, alors qu’il est déjà un écrivain reconnu. Avant de passer à la réalisation avec Accattone, en 1961, un film aux accents néo-réalistes, il signe plus d’une trentaine de scénarios, dont certains pour Fellini et Bolognini. Suivront Mamma Roma en 1962 et La Ricotta en 1963, qui sera jugée « blasphématoire ». À cette « trilogie romaine » succèdent, selon la terminologie d’Hervé Joubert-Laurencin, des « œuvres inactuelles » comme Uccellacci e uccellini (1966), Teorema (1966), Porcile (1969) ou Salò (1975).

Pasolini se considère alors « plus moderne que les modernes », et jamais son cinéma ne se résoudra à une forme « classique ». Il opère aussi de réguliers bonds dans le passé avec Il Vangelo secondo Matteo (1965), Edipo Re (1967), Medea (1970) et la « trilogie de la vie » : Il Decamerone (1971), I racconti di Canterbury (1972) et Il fiore delle mille e Una notte (1974). À côté de ses fictions, il faut signaler toute une série d’appunti, qui sont autant de films-essais, et qui peuvent être : des films de montage (La Rabbia, 1963), des reportages (Comizi d'amore, 1964), des repérages (Sopralluoghi in Palestina per Il vangelo secondo Matteo, 1965), des films à sketches (La sequenza del fiore di carta, 1969) ou des scénarios filmés (Appunti per un Orestiade africana, 1969).

Il ressort de son œuvre une figure riche et contrastée, souvent polémique et contestée. Tour à tour bourgeois, homosexuel, communiste, artiste d’avant-garde, Pasolini a lutté toute sa vie durant « avec les armes de la poésie » contre la société néo-capitaliste qui aliène et marchandise les corps et les âmes, et beaucoup voient en lui une des figures prophétiques de la modernité.

 

Citation

 « Si l’esprit de Pasolini est essentiellement tragique, il nous montre ici qu’il peut être le plus drôle des cinéastes, tout imprégné de la verve burlesque populaire de Charlie Chaplin ou de Laurel et Hardy. Ce film d’une grande simplicité formelle, et qui possède un sens rare de la beauté urbaine, est la meilleure comédie jamais faite en Italie. » Stéphan Krezinski, « Dictionnaire mondial des films Larousse »

 

Italie, 1966, 89 minutes,  VO I – ST F
Réalisation, scénario : Pier Paolo Pasolini
Photographie : Mario Bernardo et Tonino Delli Colli
Son : Pietro Ortolani
Musique : Ennio Morricone
Interprétation : Totò (Innocenti Totò / frère Cicillo), Ninetto Davoli (Innocenti Ninetto / frère Ninetto), Femi Benussi (Luna), Umberto Bevilacqua (Incensurato), Renato Capogna (chef des brigands)
Production : Alfredo Bini, Arco Film (Rome)